Fofana joue les stars

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Fofana, la confession scandale
Christophe Cornevin et Cécilia Gabizon

Au lendemain de la manifestation parisienne, les proches d'Ilan Halimi sont scandalisés de découvrir les propos tenus à la télévision depuis Abidjan par le meurtrier présumé.

C'est un Youssouf Fofana débonnaire, accompagné de sa petite amie, mâchant du attiéké (manioc) autour d'une petite table, qui est apparu hier sur i télévision dans une interview surréaliste. Au-delà des réponses, embrouillées ou laconiques, c'est l'attitude désinvolte de celui que l'on suspecte du meurtre d'Ilan Halimi qui frappe. Par la voix de son avocat, la famille de la victime a fait savoir combien "cette indifférence au malheur" la choquait. Me Francis Szpiner a également dénoncé "l'indécence d'un Fofana qui parle de victimisation".
 
«Comment un suspect peut-il commenter ses actes à la télévision, alors qu'il doit en répondre devant la police et la justice française», s'est inquiété Patrick Klugman, avocat de SOS-Racisme. «C'est du jamais vu.»
La réalisation de cet entretien laisse d'ailleurs planer des doutes sur les conditions de l'instruction en Côte d'Ivoire. «C'est étonnant que l'on puisse rentrer filmer un présumé meurtrier dans un endroit qui ne ressemble guère à une cellule», relève Patrick Gaubert de la Licra.
«Gbagbo n'était pas au courant»
Un conseiller du président Gbagbo a assuré qu'il ignorait tout de ce document, avant de glisser que Fofana serait prochainement extradé, «ce qui mettra fin à toutes ces histoires». Interrogé dans l'après-midi par Le Figaro, Kouassi Kouadio, directeur de la PJ ivoirienne, s'est montré prudent : «J'attends de visionner le reportage avant de m'exprimer sur cette affaire.» Une enquête interne pourrait être lancée.
Après son scoop, i télé a expliqué comment elle avait obtenu cette interview exclusive vendredi en fin de journée alors que le chef de la bande de Bagneux était en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire d'Abidjan. «Notre correspondant Franck-Olivier Boli, toujours là au bon moment, est un spécialiste des «coups» journalistiques. Ayant ses habitudes avec la police locale, il a profité d'une opportunité», a assuré hier Joseph Andjou, présentateur ivoirien d'i Afrique, une émission hebdomadaire de la chaîne tout info de Canal +. «Nous n'avons pas eu d'autorisation officielle», concède le journaliste qui jure que sa chaîne «n'a pas eu à verser le moindre centime pour faire ce scoop». L'entretien a été réalisé en présence de six fonctionnaires de la police ivoirienne. Joseph Andjou a ensuite récupéré la cassette à Abidjan, pour la rapporter hier matin à Paris.
«Lors de ses six minutes d'entretien, Youssouf Fofana n'a eu de cesse de minimiser son rôle avec une certaine désinvolture, confie le journaliste Joseph Andjou. Il a raconté avoir pris peur en voyant la soudaine médiatisation de l'affaire. Il justifie ainsi sa fuite vers la Côte d'Ivoire. En revanche, il ne comprenait pas comment il avait pu se faire prendre à Abidjan où il croyait évoluer en toute impunité.» La chaîne a finalement supprimé au montage les passages les plus choquants ou les plus incohérents avant la diffusion du document. «On a conservé ce que l'on pouvait vraiment diffuser, c'est-à-dire moins de 2 minutes», a fait savoir Valérie Lecasble, directrice générale d'i télé. Les passages coupés ? «C'était absurde et choquant», assure-t-elle. Avant de préciser, comme pour prévenir les critiques : «Fofana est face à la caméra, preuve que les images n'ont pas été volées.» TF 1 dit ne pas avoir souhaité se procurer les images, tandis que France 2 se montre embarrassée : «Ce sont des images qui posent problème. Si on les diffusait, ce ne serait pas sans décryptage et contrepoint», assure Arlette Chabot, directrice de l'information de la chaîne publique.
Une série de clichés amateurs
A Abidjan, de nombreuses photos ainsi que des vidéos laissant apparaître Fofana lors de sa garde à vue au côté de sa petite amie ivoirienne circulent depuis son arrestation. Ces clichés amateurs ont pour la plupart été pris avec des téléphones portables dans des circonstances qui restent également à élucider.
Désormais certains s'inquiètent d'éventuelles interférences dans le cours de la justice française. «L'interview de Fofana est absurde et agaçante mais elle n'entachera pas la procédure, croit de son côté savoir un enquêteur français. La Cour de cassation a toujours estimé qu'elle n'était pas compétente pour s'exprimer sur des faits se déroulant à l'étranger, où les États sont par définition souverains...»
Après ce coup médiatique, la justice française espère l'extradition de Youssouf Fofana dans les plus brefs délais. Un «collectif» d'avocats ivoiriens a de son côté annoncé vouloir empêcher le retour en France du «cerveau», après l'avoir rencontré dans sa cellule.

Sources : LE FIGARO

 

Vêtu d'un survêtement à la mode, bleu noir et barré d'une griffe, il ne porte pas de menottes. Les policiers censés le surveiller semblent aux abonnés absents. Assis en face de celle qui est supposée être sa petite amie ivoirienne et dont la présence dans le commissariat n'est pas expliquée, il a devant lui une assiette d'attiéké, plat national ivoirien à base de manioc. A ses côtés, des dossiers s'empilent dans une armoire où se trouve aussi un jeu d'échecs. Avec nonchalance, l'homme qui fut le plus recherché de France répond aux questions du journaliste. L'enlèvement ? «Il a été fait à des fins financières.» Le gang ? «C'est un grand mot.» Les barbares ? «C'est par rapport à la violence», assure ce «cerveau». Et d'avancer une fumeuse considération sur «une victimisation d'une situation qui doit être déplorable...».
Qu'est-ce que vous avez à dire à la famille d'Ilan ?» demande le journaliste.
Que leur enfant, je ne l'ai pas tué.
– Qu'est-ce que vous avez à dire à votre mère ?
J'ai pas de mot à dire à ma mère.»
Au total, l'entretien aurait duré une dizaine de minutes. A aucun moment, le chef présumé du gang de Bagneux n'exprime le moindre remords. Comme s'il ne comprenait pas la gravité du crime qu'on lui reproche.
C. C.

Sources : LE FIGARO

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