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Vendredi 3 mars 2006

Les mystères d'un "barbare"

par Didier ARNAUD et Tonino SERAFINI


Fofana, petit délinquant endurci par la prison, semblait «ordinaire»

De Youssouf Fofana, 25 ans, le chef présumé de la bande de Bagneux qui a torturé et tué Ilan, on connaît peu la part d'ombre. Le journal ivoirien Nord-Sud en faisait hier cette description : «Il est plus connu à Abidjan dans le milieu des brouteurs et des petits dealers qu'à Korhogo, cette ville du nord d'où seraient originaires ses parents, Bakary et Fatoumata Koné.» Les brouteurs ? Des fumeurs d'herbe. Mais aussi, ceux qui ont toujours des démêlés avec la police, qui vont régulièrement en prison. Ceux qu'on recherche. Recherché, Youssouf l'était depuis qu'il avait «décalé» en Afrique (décaler : se mettre à l'aise pour fumer un pétard).

Plomberie. Fofana. Ne pas confondre avec l'autre Youssouf connu. Ancien footballeur de l'AS Monaco, célèbre pour ses «bicyclettes», ses retournés, dans les années 80. De son homonyme, on n'avait jusqu'ici qu'une image diffusée sur tous les médias. Bouc embryonnaire, peau noire, tee-shirt ras du cou. Né en 1980 à Paris, il a passé son enfance à Belleville, un quartier populaire de Paris. Au début des années 90, sa famille a déménagé à Bagneux. Elle y a obtenu un logement HLM dans la cité du Prunier Hardy, où il vivait encore avec sa mère et des frères et soeurs.

Dans cette famille de six enfants, Youssouf Fofana est le troisième. Ses grands frères et soeurs travaillent, selon un homme de Bagneux qui dit l'avoir «vu grandir». Adolescent, il fréquente le collège Joliot-Curie dans sa commune. Un témoin, qui a été en classe avec lui, se souvient de sa disposition à «ne pas se faire spécialement remarquer. A l'époque c'était un garçon plutôt calme». Autre trait, guère distinctif : «Elève moyen, pas agressif avec les professeurs.»

A la fin du collège, il intègre un lycée professionnel à Montrouge. Formation plomberie. «Court passage.» On ne l'y a pas vu souvent. Des élèves qui ont des trajectoires délinquantes, il en passe quelques-uns dans ces établissements. Fofana ne s'y serait pas particulièrement fait remarquer. Il a été condamné pour plusieurs affaires de vol avec violences. Dès sa majorité, il a été incarcéré pour une affaire de vol à main armée. Au total, pour ses divers ennuis judiciaires, il a passé «trois à quatre ans dans les maisons d'arrêt de Nanterre, puis de Fleury-Mérogis», selon un jeune de la cité qui l'a bien connu.

Lorsqu'il est sorti de prison, «il n'était plus le même homme. Devenu complètement parano il n'avait confiance en personne», ajoute ce jeune. Il aurait été balancé par un copain.

Il aurait essayé de se réinsérer à sa (ou ses) sortie (s) de prison. On comptabilise soixante passages dans une structure d'aide à l'insertion. Il paraît ressembler à beaucoup des jeunes qui fréquentent ces lieux : pas très assidu, n'appliquant pas les conseils qu'on lui donne, en demande de réponses rapides. On ne trouve pas trace de rendez-vous chez un psychologue.

Chaînon manquant. Le plus bizarre avec Fofana, c'est que ceux qui ont croisé son chemin n'en ont qu'un souvenir vague. Un voisin de Bagneux : «Un jeune homme ordinaire, en jeans et baskets. Bonjour, au revoir, c'est tout.» Un autre : «Quand j'ai vu le procureur montrer la photo, j'ai halluciné. J'aurais jamais cru qu'il puisse faire une chose pareille.» Fofana, hier passe-partout, fait peur aujourd'hui. Il manque un chaînon dans ce parcours qui en fait un «chef de bande», un caïd tortionnaire. Avec l'aide d'un bras droit qui vivrait dans la cité où Ilan a été séquestré, de membres recrutés pour leur profil de «suiveurs» et de «cerveaux fragiles»...

Sources : LIBERATION

Posté par Adriana Evangelizt

par Adriana EVANGELIZT publié dans : Crimes
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