Marionnaud : Marcel Frydman renvoyé en correctionnelle

Publié le par Adriana EVANGELIZT

L'ancien PDG de Marionnaud Marcel Frydman

renvoyé en correctionnelle

 

L'ancien PDG du distributeur de parfums Marionnaud, Marcel Frydman, est renvoyé en correctionnelle pour "abus de confiance" dans une affaire de commercialisation illégale de flacons testeurs, a-t-on appris jeudi auprès du parquet de Paris.

L'audience a été fixée le 18 décembre devant la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, selon cette même source.

Il est reproché à Marcel Frydman, fondateur du groupe Marionnaud, d'avoir revendu au moins 3.560 flacons testeurs normalement destinés gratuitement aux clients des magasins.

Une quantité de 10.000 autres flacons testeurs pourrait également être concernée par ce trafic.

Les flacons testeurs sont la propriété des marques ou des fabricants de parfums et ne peuvent donc pas être vendus. Parmi les grands noms de la parfumerie qui ont subi un préjudice estimé à environ 6.000 euros figurent Dior, Caron et Roger et Gallet.

Ce renvoi devant la justice par le parquet de Paris fait suite à une enquête préliminaire ouverte en octobre 2005.

Deux autres personnes, Patrick Dussaud et Jean-Claude Salas, suspectées d'avoir participé à ce marché noir sont également renvoyées devant la justice pour
"recel d'abus de confiance".

L'enquête de la Direction centrale de la police judiciaire est partie d'un magasin de région parisienne où des flacons testeurs ont été retrouvés à la vente. Les policiers sont alors remontés jusqu'au
groupe Marionnaud.

Marcel Frydman a affirmé qu'il était sur le point de révéler les informations à la police lorsqu'une perquisition a été menée dans les entrepôts du groupe à Maurepas (Yvelines). Il a ainsi expliqué pour sa défense avoir volontairement écoulé des flacons testeurs mais dans le but de démanteler lui-même un réseau frauduleux.

Marcel Frydman, qui encourt dans cette affaire trois ans de prison et 375.000 euros, est également visé par une autre enquête préliminaire du parquet de Paris ouverte en janvier 2005 et qui porte sur des soupçons de trucage des comptes de Marionnaud en 2002 et 2003, au moment où il était PDG.

Marionnaud (plus de 1.200 parfumeries en Europe dont 566 en France) a été racheté en février 2005 par le groupe chinois AS Watson.



Sources : AFP

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Marionnaud


Un parfum de crise

par Bruno Abescat

Croissance trop rapide, gestion d'un autre âge, premières pertes: l'avenir du n° 1 français de la parfumerie est en train de se jouer

Voilà des semaines que les parfumeries Marionnaud sont plongées dans la tourmente. Mais, en aucun cas, le président fondateur, Marcel Frydman, 73 ans, n'aurait annulé la sacro-sainte fête annuelle du personnel. Dimanche 9 janvier, les «filles», comme dit le patron, avaient donc rendez-vous, dès 12 heures, au parc des expositions, porte de Versailles, à Paris. «En tenue des années 1980», précisait le carton d'invitation. Reste à savoir si ce grand raout et le discours rassembleur de «Papy» - surnom du PDG - auront suffi pour galvaniser les troupes.

«On ne peut s'empêcher d'être inquiètes», reconnaît la secrétaire CFTC du comité d'entreprise, Marie-Françoise Laparade, après avoir tenu à souligner la «solidarité» qui règne entre les salariés. Car Marionnaud traverse, sans aucun doute, la plus grave crise de sa jeune histoire. Le 17 décembre dernier, la publication de ses comptes semestriels ayant été reportée, par trois fois depuis octobre 2004, le distributeur a fait part de ses premières pertes après avoir dû reconnaître des «erreurs comptables». Depuis cette opération vérité, un parfum de scandale flotte autour de la maison. La success story a viré au film noir. Aujourd'hui, l'entreprise est tout entière déstabilisée. Ses comptes sont fragilisés; son modèle de développement, remis en question; ses dirigeants décrédibilisés... Et ce n'est pas tout: confronté à la grogne de ses actionnaires, surveillé par les autorités de marché, le groupe, devenu une proie, pourrait également être l'objet d'un conflit judiciaire!

L'histoire avait pourtant bien commencé. Elle a même son anecdote fondatrice. En 1984, Marcel Frydman, alors liquidateur de boutiques, offre à son épouse, Lydie, qui s'ennuie, une parfumerie dans la banlieue parisienne, à Montreuil. Cet autodidacte la redresse grâce à une politique efficace de rabais, achète un deuxième magasin, puis encore un autre...

«Une chaîne qui n'en est pas une»


En 1996, la saga s'accélère: Frydman, qui possède déjà pas moins de 48 points de vente, acquiert le n° 1 français du discount dans la parfumerie, Bernard Marionnaud, un groupe en difficulté, dont il récupère aussi le nom. D'autres réseaux passeront dans son giron. Chaque fois, le nouveau maître des lieux peint ses conquêtes à ses couleurs, en lettres rouges sur fond beige. Sans d'autres frais. Le seul passage sous l'enseigne Marionnaud fait grimper la fréquentation. Le parfumeur augmente alors son pouvoir de négociation avec les fournisseurs et, corollaire, ses marges. En 1998, le groupe entre en Bourse. Marionnaud peut désormais financer son ascension à coups d'augmentations de capital. Rien ne semble l'arrêter, pas même son principal concurrent, Sephora. Et, en 2000, le voilà consacré n° 1 français. Aujourd'hui, il est même le n° 2 européen! Avec 1 228 boutiques et 9 000 salariés, les ventes du «Darty de la parfumerie» s'élèvent à 1,1 milliard d'euros.

«Papy» a eu du nez. C'est aussi un précurseur. Pour attirer ces dames, il crée les premières cartes de fidélité qui donnent droit à des remises. Quelque 9 millions de clients l'ont depuis adoptée! Seulement, cette croissance effrénée a été menée sans que l'intendance suive. Entouré de ses deux fils, l'aîné Jean-Pierre, féru d'informatique, et Gérald, bombardé directeur général délégué, le patriarche a continué à tout vouloir régenter. Il aura fallu la crise actuelle pour qu'il se décide à chercher un directeur administratif et financier. En réalité, Marionnaud a toujours été géré comme une affaire familiale où les relations humaines sont encore empreintes de paternalisme. Le clan Frydman a beau ne plus contrôler qu'un peu moins de 22% du capital (35% des droits de vote), Marcel, Lydie et leur progéniture trustent les quatre sièges du conseil d'administration. «En s'introduisant en Bourse, ces gens-là ont oublié qu'ils devaient rendre des comptes aux épargnants», dénonce Fabrice Rémond, dont le cabinet, Deminor, fédère des actionnaires en colère. «Ce qui m'étonne finalement, c'est que tout cela ait tenu si longtemps», lâche un bon connaisseur du secteur avant de critiquer «cette chaîne qui n'en est pas une» et «la fuite en avant» de ses propriétaires - cette «volonté de grandir à tout prix». A titre indicatif, si Marionnaud détient 30% du marché français avec 566 boutiques, Sephora - son challenger - en contrôle 20% avec trois fois moins de magasins.

La crise, c'est clair, ne s'est pas levée en un jour. Ainsi, les résultats de 2003 avaient déjà fait l'objet de réserves de la part des commissaires aux comptes. Le 2 juillet 2004, dans un entretien au Journal des finances, Marcel Frydman ne faisait pas non plus mystère de la nécessité de trouver de l'argent frais, quitte à faire entrer un partenaire. Mais, à la lecture des premiers articles qui osent mettre en cause la qualité de ses comptes, le groupe répond par l'indignation. «Tout va bien!» va jusqu'à conclure la société, le 30 juillet 2004, dans un communiqué. Comme toujours, Frydman pense qu'il peut s'en sortir. Ces jours-ci, encore, il n'avait pas renoncé à la conférence qu'il doit tenir, le 18 janvier prochain, dans les salons du Press Club de France. Le thème: «L'implantation du groupe Marionnaud en Israël»!

Depuis le mois d'octobre, pourtant, le parfumeur est sur la défensive. Le Conseil national de la comptabilité (CNC) conteste alors à la société son traitement des chèques cadeaux. Il lui reproche de ne pas provisionner dans son bilan, dès leur octroi, les remises offertes à la clientèle. Or ces avantages, selon le CNC, constituent bel et bien un engagement de l'entreprise: ils ont un coût potentiel et doivent donc figurer dans les comptes. Les exigences de cet organisme vont contraindre le distributeur à repousser la publication de ses résultats semestriels. Le 17 novembre, Marionnaud fait savoir que des ajustements comptables pourraient avoir un impact de l'ordre de 20 millions d'euros. Un mois plus tard, la réalité est encore plus sombre. Le groupe annonce près de 79 millions de pertes nettes. Les «rectifications comptables» ont finalement amputé ses résultats de 93 millions! Explication: les «erreurs» ne portaient pas seulement sur le traitement des chèques de fidélité. Elles concernaient aussi (pour la moitié) le mode de calcul des ristournes versées en fin d'année par les fournisseurs. Les commissaires aux comptes ont considéré que ces remises - accordées par le distributeur en échange d'un volume de ventes garanti - avaient gonflé artificiellement les résultats et le niveau des stocks du parfumeur en 2002 et 2003. De la cosmétique comptable, si l'on ose dire...

Lors de la reprise des cotations, suspendues depuis le 10 décembre, les actions de Marionnaud s'effondrent de plus de 31% en une seule séance! Marcel Frydman a beau déclarer que ses comptes sont désormais «plus blancs que blancs», le doute s'est installé. Pour les analystes, surtout, la capacité même de la société à préserver ses marges est désormais en cause. La communauté financière ne voit plus que le poids préoccupant de la dette ou la situation des filiales étrangères - toutes déficitaires en dehors de l'Autriche. Voilà Marionnaud dans le collimateur. De ses créanciers, de ses actionnaires, qui demandent réparation, de l'Autorité des marchés financiers, qui, le 3 janvier, a ouvert une enquête. Cinq jours plus tôt, les élus du comité d'entreprise avaient déclenché une procédure de droit d'alerte afin de «lever le voile sur les comptes».

A présent se jouent le devenir même du parfumeur et, à tout le moins, celui de la famille Frydman. Profitant de la dégringolade des cours, Albert Frère s'est invité au capital. Depuis le 27 décembre, le baron wallon détient plus de 5% et tout le monde s'interroge sur ses intentions. Les milieux d'affaires bruissent aussi de rumeurs sur des repreneurs éventuels: du n° 1 européen du secteur, l'allemand Douglas, aux Galeries Lafayette. Et d'autres scénarios circulent qui militent, par exemple, pour une cession des filiales étrangères. Bref, la tension n'est pas près de retomber. Chez Marionnaud, on aurait bien besoin, comme le proclame le slogan maison, de «preuves d'amour».

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Le rêve brisé de «Papy» Frydman

par Corinne Scemama

Marcel Frydman n'est pas homme à bouder son plaisir. Et ce 5 décembre 2000, jour de l'inauguration de l'espace Marionnaud des Champs-Elysées, est sans doute le plus beau moment de sa vie. Escorté de stars comme Béatrice Dalle et Ophélie Winter, l'empereur de la parfumerie exulte. A 69 ans, il vient de devenir le n° 1 français de la distribution sélective.

Une sacrée revanche pour ce fils d'un tailleur juif polonais déporté à Auschwitz. Placé chez des paysans à l'âge de 11 ans, il y est élevé à la dure et y apprend très tôt le goût de l'effort. Doté d'un certificat d'études, il devient tailleur dans l'entreprise familiale. Idéaliste, le jeune Marcel milite aussi au Parti communiste. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir de l'ambition à revendre. Même si le succès n'est pas toujours au rendez-vous, comme lorsqu'il crée sa propre entreprise, cet homme déterminé ne se décourage pas. A la fin des années 1970, il se lance dans un nouveau business: la liquidation de magasins. Avec sa gouaille et son aplomb, il y fait merveille.

Mais c'est à Montreuil que cet hyperactif a rendez-vous avec son destin. En 1984, il rachète une parfumerie pour occuper sa femme. Le secteur est alors atomisé et les boutiques se vendent pour une bouchée de pain. C'est le déclic. Collectionneur de Vénus Beauté: à 53 ans, il a enfin trouvé sa vocation. Cet intuitif sait qu'il va pouvoir donner toute sa mesure. Et rattraper le temps perdu. En 1996, il saisit sa «seconde chance» et reprend, sans un sou d'apport, la chaîne Bernard Marionnaud. C'est le début d'une ascension fulgurante. Bourreau de travail, il négocie habilement avec ses fournisseurs et force leur admiration par son professionnalisme et «son respect des marques», selon Christian Courtin, directeur général de Clarins. Enfin reconnu, il prodigue des conseils et donne des leçons. En revanche, il ne supporte pas d'en recevoir. Seul maître à bord, cet autodidacte ne s'entoure que de ses deux fils, écartant énarques et as de la finance dont il se méfie.

Fort de ses succès, le parfumeur s'affiche avec la sincérité confondante d'un enfant enfin comblé. Ce jouisseur adore la bonne chère et profite sans vergogne de sa nouvelle fortune, sponsorisant le Prix d'Amérique ou s'offrant un grand cru de saint-émilion. Cette reconnaissance sociale ne le change pas pour autant: l'ancien tailleur reste cet être simple et chaleureux adorant deviser de sa voix rauque de fumeur. Un affectif qui se révèle être un vrai patron social, instaurant dès 2000 les 33 heures. Paternaliste, il chouchoute ses «filles» - ses employées - qui le lui rendent bien, idolâtrant «Papy» Marcel. «Il nous envoie souvent des petits mots charmants», confesse une vendeuse à Compiègne.

Aujourd'hui, avec un certain goût du panache, qui bluffe même ses contradicteurs, il répète avec force qu'il n'a «peur de rien». Car, répartition du capital ou pas, Marionnaud, c'est lui. «C'est sa raison de vivre. Normal qu'il ne veuille pas passer la main», insiste un expert. Acculé, ce vieil homme toujours fier est désormais seul face à un monde hostile. «C'est l'histoire du roi Lear», souligne joliment un pro du secteur, faisant allusion à l'aveuglement et à la grande solitude du PDG. Un dénouement triste après une fin de carrière heureuse…


Sources : L'Express

Posté par Adriana Evangelizt

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