Affaire Taoufik El Amri : quelques points troubles

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Trois policiers placés en garde à vue

après la découverte du corps de Taoufik El-Amri

par Yves Bordenave et Piotr Smolar



Le corps repêché, mardi 12 décembre, peu avant 16 heures dans le canal Saint-Félix à Nantes est celui de Taoufik El-Amri. Selon les premiers éléments de l'autopsie, cet homme de 33 ans, originaire de Tunisie, disparu depuis le 22 novembre, est mort noyé. Aucune trace de coups n'a été relevée sur le cadavre, identifié grâce à son téléphone portable. Des ecchymoses superficielles ont été constatées sur une épaule et un bras, peut-être causées par les frottements du corps avec le ponton sous lequel il a été retrouvé, non loin de l'emplacement signalé par deux témoins, lundi 11 décembre.

Les recherches ont été menées dans le canal, car, la veille, un homme résidant sur une péniche avait signalé la découverte sur une berge, deux jours après la disparition, du portefeuille de la victime. Une nouvelle enquête de voisinage doit être organisée dans les environs du canal, dans l'espoir de trouver un témoin des derniers instants de M. El-Amri.

Les trois policiers qui avaient interpellé M. El-Amri dans la soirée du 22 novembre ont été placés en garde à vue, mardi soir à Nantes, par les enquêteurs de l'inspection générale de la police nationale (IGPN), saisis la veille - avant la découverte du corps - par le procureur, Stéphane Autin.

Mercredi matin, les trois gardiens de la paix devaient être interrogés sur les contradictions relevées dans leurs récits, à la lumière notamment du témoignage de deux jeunes femmes. Le procureur a ainsi estimé que "les déclarations des policiers n'étaient pas apparues spontanées". Les fonctionnaires prétendaient avoir relâché M. El-Amri à plusieurs centaines de mètres de l'endroit où les témoins situent la scène. Ils disaient aussi que la victime n'avait pas de papiers d'identité sur lui, alors que son portefeuille a été retrouvé sur les berges.

Enfin, des divergences demeurent sur l'appréciation du degré d'ivresse de M. El-Amri, et, donc, sur la question de savoir si les policiers ont eu tort de ne pas le conduire en cellule de dégrisement, au commissariat. Selon des responsables policiers, il est vraisemblable que les trois hommes ont paniqué, en raison de l'écho médiatique de la disparition de M. El-Amri, et ont accommodé le récit de la soirée.

Si les circonstances exactes de la mort de M. El-Amri restent encore à déterminer - est-il tombé tout seul, par ivresse, ou a-t-il été poussé ? -, les mensonges des policiers pourraient leur coûter cher. Mercredi matin, un magistrat de la chancellerie n'excluait pas qu'ils puissent être poursuivis pour "mise en danger de la vie d'autrui, sous réserve du résultat des investigations".

Indépendamment de l'issue de l'information judiciaire confiée à la juge d'instruction Nathalie Clavier, les policiers sont passibles de sanctions administratives pour faux témoignages. Pour sa part, Me Gilbert Collard, avocat de Priscilla El-Amri, l'épouse de Taoufik, a dénoncé "les invraisemblances et le dédain avec lequel ont été traités les membres de la famille".


Sources Le Monde

Des effets personnels de Taoufik Amri auraient été retrouvés

Alors que le procureur de la République de Nantes, Stéphane Autin, avait indiqué, dimanche 10 décembre, que l'enquête menée après la disparition de Taoufik El-Amri, le 22 novembre,"confirmait" la version donnée par les trois policiers qui ont procédé à son interpellation. Des élements révélés par Le Figaro, dans son édition de ce mardi, fragilisent leurs déclarations.

Selon le quotidien, des documents appartenant à cet ouvrier tunisien ont été découverts "flottant dans un cours d'eau, à près de 500 mètres du lieu où les trois fonctionnaires affirment l'avoir relâché". "D'autres effets personnels auraient, en outre, été retrouvés quelques kilomètres plus loin."

RELÂCHÉ PRÈS DU CANAL SAINT-FÉLIX

En outre, deux étudiantes entendues lundi par la police judiciaire de Nantes affirment que le jeune homme a été relâché à proximité du canal Saint-Félix, soit à plusieurs centaines de mètres du lieu indiqué par les policiers nantais, explique Le Figaro.

Ces nouveaux éléments ajoutent des incohérences et des contradictions au récit des trois fonctionnaires. Le soir du 22 novembre, ceux-ci n'ont consigné aucune information sur leur intervention. Ils ont récemment affirmé avoir interpellé brièvement M. El-Amri parce qu'il ressemblait au signalement donné après une tentative de vol à l'arraché commise le soir même dans les parages. Ils assurent cependant l'avoir relâché peu de temps après, à quelques centaines de mètres.

M. El-Amri, père de famille, n'a pas été vu depuis son interpellation. Les pompiers qui sondent la Loire n'avaient rien trouvé lundi soir. La Tunisie, par la voie diplomatique, aurait réclamé à Paris de plus amples explications sur cette affaire qui concerne l'un de ses ressortissants, indique le quotidien.


Sources Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans Crimes

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