Les membres du commando Erignac peinent à disculper Yvan Colonna

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Les membres du commando Erignac peinent à disculper Yvan Colonna

par Pascale Robert-Diard



Il attend, mais ça ne vient pas. Ou plutôt, ça vient mal. On dirait que ça grippe, que ça ne veut pas sortir, qu'au-dedans d'eux quelque chose résiste. Alain Ferrandi, Pierre Alessandri et Joseph Versini ne disent pas ce qu'Yvan Colonna veut entendre. Lundi 3 décembre, ils ont quitté leur cellule de Poissy, Lannemezan et Moulins-Yzeure, où les deux premiers purgent une peine de réclusion criminelle à perpétuité et le troisième à quinze ans de prison, pour dire devant la cour d'assises spéciale de Paris qu'Yvan Colonna est innocent et que c'est à tort qu'ils l'ont accusé. Ils l'ont déjà affirmé sur procès-verbaux, ils veulent bien le répéter encore une fois. Mais il ne faut pas leur demander plus que ce qu'ils consentent à donner.

Alain Ferrandi est le premier à témoigner. Il a reconnu sa participation à l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella et à l'assassinat du préfet Claude Erignac mais il a toujours refusé de donner les noms des autres membres du commando. Celui d'Yvan Colonna figure toutefois dans les déclarations de sa femme, qui a attesté de sa présence au domicile des Ferrandi, la nuit du 6 février, après 21 heures, en compagnie de Pierre Alessandri. Interrogé sur ses déclarations, Alain Ferrandi avait répondu : "Ma femme vous a dit la vérité."

"Un commentaire sur cette déclaration ?", lui demande le président Dominique Coujard. "A ce moment-là, mon seul souci était de voir ma femme retrouver son enfant. Certes, il eût été plus judicieux de disculper totalement Yvan Colonna. Je ne l'ai pas fait, je le regrette, voilà." Il marque un temps, puis ajoute : "Je connais bien M. Colonna. Je suis et je reste convaincu que s'il avait participé, il aurait reconnu sa participation."

C'est dit. Cela ne suffit pas à Yvan Colonna, qui attrape le micro et lui lance : "Alain, t'aghju da parlà francu. Je veux te parler franchement. On m'a accusé à tort, tu le sais, toi. Maintenant, je te demande de dire la vérité, que je n'y étais pas. Il faut que tu expliques pourquoi vous avez rien dit et pourquoi vous avez tant attendu..." Le visage rivé à la cour, Alain Ferrandi répond en détachant ses mots : "Je sais que tu es un homme d'honneur. Si tu avais participé à cette action, tu l'aurais revendiquée. Par conséquent, je confirme que tu n'étais pas et ne faisais pas partie du groupe". Pour le reste, il se refuse à "entrer dans le factuel. Point barre".

"PAS TRÈS HONORABLE"

Entre Pierre Alessandri. Pendant dix-sept mois, il a désigné Yvan Colonna comme étant le tireur du 6 février 1998, puis il s'est rétracté. Dans une lettre adressée au juge d'instruction, le 27 septembre 2004, un an après sa condamnation à perpétuité, il s'est accusé d'être celui qui avait assassiné le préfet. Il le redit et il aimerait s'en tenir là, lui aussi. Mais il y a ses procès-verbaux détaillés sur l'organisation du commando, la genèse des deux opérations, la description précise de la répartition des rôles le soir du 6 février. Le président les lui rappelle. "J'ai mis en cause Yvan Colonna de manière globale, c'est un fait, ce n'est pas très honorable, mais j'étais incapable d'assumer mon acte." Sur sa désignation tardive comme tireur et les contradictions que ces aveux soulèvent, il ne cherche pas davantage à convaincre. "J'ai à gérer la mort d'un homme. Tout le reste, ce sont des détails."

Yvan Colonna se lève à nouveau. "Pierre, j'aimerais que tu me dises à moi si j'ai fait partie du groupe des anonymes, de l'attaque de Pietrosella et si j'étais sur l'action du préfet." Pierre Alessandri se tait. Une seconde d'hésitation qui semble une éternité. C'est au président qu'il s'adresse :

"J'ai refusé de répondre à de nombreuses questions. Mais là, il joue sur l'affectif alors bon, je vais faire une entorse. Il n'a jamais fait partie du groupe. Il n'a jamais fait Pietrosella, ni Erignac. C'est bien moi qui ai tiré sur le préfet.

- C'est pas la question que je te posais ! s'énerve Yvan Colonna. Moi, je te demandais si j'avais participé à tout ça. - Je viens de dire que non", répète, glacée, la voix de Pierre Alessandri.

Sources Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

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