Carla Bruni monogame de temps en temps mais préfère la polygamie

Publié le par Adriana EVANGELIZT

On souhaite bon courage à Sarkozy...

Carla Bruni : "Vivre, vivre, vivre."

La divine italienne a abandonnée les podiums de mode pour la chanson. La délicatesse poétique de son deuxième album renvoie aux sortilèges de cette séductrice à la féminité déployée. En février dernier elle s’était livrée à sa vision de la féminité.

Paru le 15.02.2007, par Richard Gianorio

On attend Carla Bruni dans le vaste salon bourgeois d’un hôtel particulier dans le XVIe arrondissement. Il y a des meubles qu’on suppose italiens du XVIIIe siècle, un piano noir somnolent, des quantités de livres et de CD qui ont été lus et écoutés. On s’installe imprudemment dans un canapé qui vous avalerait bien si vous n’y preniez garde, tandis qu’une chatte siamoise languide vous toise de son oeil turquoise voilé. Sa maîtresse survient, elle appartient à la même race : les félines. « Cat People » ? On remarque, dans le désordre, la cambrure excessive, le regard bleu marine, le savant savoirfaire dans la maîtrise du corps et de l’espace. Elle est exquise, ce mot lui va bien. Englouti dans le canapé cannibale, votre oreille s’attache à sa parole, écho d’une pensée fluide, tandis que l’oeil s’accroche à ses contours de manipulatrice infernale qui trône comme une offrande sur la table basse du salon.

Carla Bruni a été un top-modèle triomphant. Aujourd’hui, on plébiscite la chanteuse. Quatre ans après le succès de Quelqu’un m’a dit (2 millions d’exemplaires vendus), elle interprète des poèmes de William Butler Yeats, Emily Dickinson ou encore Dorothy Parker, délicieux murmures pour oreilles délicates. Elle pourrait en parler longuement, mais elle n’appartient en rien au troupeau des raseuses promotionnelles, préférant pratiquer avec une grâce réjouie l’art de la conversation des filles bien nées. Morceaux choisis.

BEAUTÉ « Je me suis toujours sentie remarquée mais jamais je n’ai pensé que c’était pour ma beauté. J’étais timide, mais la timidité, c’est une immense prétention : c’est croire que tout le monde vous regarde et le regard des autres me fascinait. Aujourd’hui encore, j’aime être regardée. Le pire pour moi, ce n’est pas de déplaire, c’est de ne pas être vue. Et pourtant, je ne suis pas si remarquable : j’ai l’impression de ne pas avoir de style, je ne suis adepte ni du maquillage ni des vêtements apparents. Ce que j’aime, c’est le bleu marine, le noir, la simplicité, la réserve, la ligne. Les dandys et les excentriques me fascinent. Mais ce n’est pas moi. »

ENFANCE « Elle a été belle, solitaire aussi. L’Italie était différente. J’étais pleine de pressentiments et j’adorais ça : je nourrissais de grands espoirs, je m’inventais un destin. Puis, j’ai été une adolescente turbulente avec, disons, un “goût de l’expérimental” : j’avais une grande curiosité pour les garçons, pour la musique, pour l’art et pour les expériences en général, des voyages aux drogues diverses. Je suis étonnée par les gosses d’aujourd’hui, studieux, sérieux, peureux. J’ai beaucoup d’amis de 50 ans : leurs enfants ont 25 ans et partent en vacances avec eux. Moi, à 18 ans, il aurait fallu m’écharper pour que je suive mes parents : je voulais bâtir mon monde. »

Féminité et monogamie


« Je suis une amadoueuse, une chatte, une Italienne. J’aime projeter la féminité la plus classique : la douceur, le “charmage”, la “charmitude”, comme pourrait dire Ségolène (elle rit). Mais je ne suis pas née comme ça : ce sont des vides que j’ai remplis. Je crois qu’il y a deux discours dans la séduction : d’une part, le charme de la parole, reliée à la pensée, l’intelligence, la culture. D’autre part, un discours en dessous, relié aux phéromones. C’est celui-ci qui m’intéresse. C’est aussi le discours de la musique. J’y suis extrêmement sensible. »

MIROIR « Je me regarde de façon utilitaire et aussi peu que possible. Le miroir, c’est comme un constat pour continuer la route. Je n’ai pas envie de devenir une dame et de renoncer complètement à la violence de ma jeunesse. Et en même temps, quand des jeunes m’appellent madame, ça ne me déplaît pas. L’autre jour dans le métro, un jeune garçon m’a dit : “T’es trop bonne, madame.” C’est contrasté. J’adore. »

MONOGAMIE « Je suis fidele… à moi-même ! (Elle rit.) Je m’ennuie follement dans la monogamie, même si mon désir et mon temps peuvent être reliés à quelqu’un et que je ne nie pas le caractère merveilleux du dévelopement d’une intimité. Je suis monogame de temps en temps mais je préfère la polygamie et la polyandrie. L’amour dure longtemps, mais le désir brûlant, deux à trois semaines. Après ça, il peut toujours renaître de ses cendres mais quand même : une fois que le désir est appliqué, satisfait, comblé, il se transforme. Le pauvre, qu’est-ce que vous voulez qu’il fasse ? Moi, je ne cherche pas particulièrement l’établissement des choses : l’amour et le couple ne me rassurent pas. Je ne me sens jamais en couple, pourtant j’ai un amoureux que j’aime et qui vit avec moi. C’est mon côté garçon. D’ailleurs, comme les hommes, je sais très bien compartimenter. Je sais faire mais avec un avantage sur eux : ma précision féminine (elle rit). Je ne me plante jamais ! Je suis quand même complètement femme avec ces sentiments supposés féminins qui m’envahissent parfois : la responsabilité, la culpabilité, le remords. Et puis ça passe et je redeviens cette espèce de kamikaze qui ne veut qu’une chose : vivre, vivre, vivre ! »

Promesses

« J’ai besoin de promesses même si ce sont des mensonges. J’aime les illusions et les rêveries. Qu’on me mente ne me déplaît pas, la franchise est trop fondamentalement brutale à mes yeux. Et puis la franchise, je m’en méfie, c’est exactement comme l’extrême modestie : on s’en rengorge. Les hommes italiens promettent beaucoup, mais ce sont des embrouilleurs, bien sûr. Je mens assez naturellement, des petits mensonges, importants ou non, des mensonges par omission le plus souvent. Mais je ne mens pas activement, j’entends par là que je ne dis pas n’importe quoi… »

RENONCEMENT

« J’ai renoncé à la condition d’excellence, au fantasme du grand talent. J’ai renoncé à la première jeunesse, celle qui flamboie, aves ses saccades violentes et son inconscience si agréable. J’ai renoncé à la pensée magique, à l’omnipotence, à toutes ces choses liées à l’enfance. J’accepte de me décevoir mais je continue quand même. Bien sûr, il est difficile de renoncer quand on est fantaisiste et rêveur, mais le renoncement, c’est aussi le chemin de la maturité. »

SÉDUCTION

« Je préfère qu’on me traite de prédatrice plutôt que de vieux sac à puces ! (Elle rit.) Prédatrice, ce n’est pas si mal pour une fille : ça déplace le jeu ; normalement, une fille est une proie. Je ne suis pas habituée à ce qu’on vienne à moi. Cela a l’air complaisant, mais même dans le travail, c’est toujours moi qui suis allée au-devant des choses : personne ne m’a jamais arrêtée dans la rue pour me demander de faire des photos ou de chanter. Je n’attire pas les pygmalions : je m’auto-pygmalionne. Cela réclame une petite illusion – l’impression d’avoir un destin à creuser – et une grande prudence. D’ailleurs, je ne fais jamais de choses folles, je frôle les précipices mais je n’y vais pas. C’est le pragmatisme qui m’arrête : l’hygiène du corps ; je veux le contrôler, je refuse qu’il parte en vrille. Je commande mon corps, même si aucune femme ne peut vraiment dire ça ! Mon corps est mon allié, il m’est utile, je l’écoute. »

SEXE

« Très agréable, le sexe. C’est un des avantages de vieillir : c’est mieux. J’ai 39 ans et l’âge augmente la sensualité et le plaisir. Et le plaisir de vivre en général, celui de respirer, de manger, de goûter. Je ne suis pas une cérébrale mais une sensuelle. »

STRATÉGIE

« J’ai fini mon analyse mais je vais reprendre, en traitement d’appoint (elle rit). Une analyse ne dénoue pas les noeuds faits par la vie mais vous libère des emprisonnements créés par soi. Cela fait gagner un temps fou. Mon problème ? Le rapport à l’autre. Le manque de confiance. Pas en moi… en l’autre (elle rit). Je ne fais pas confiance, je ne délègue jamais. C’est pour ça que je ne me sens jamais à l’aise en couple. Je ne me laisse pas composer par les autres, j’arrive à entrer dans leur puzzle mais le mien est fermé. Je suis une manipulatrice au sens où j’évalue les autres : d’eux, je ressens tout, la moindre vexation, la moindre amertume, le moindre signe d’ennui. J’entends leur petite musique et je joue avec ça. En stratège. Pour moi, les gens sont une attirante menace. Il y a trop de gens à qui je plais et qui me plaisent… »

SUCCÈS

« J’aime le succès. Mais le succès s’échoue : il conduit inévitablement à l’échec. On s’y attache, on en jouit, on en redemande, on est tenté de faire du surplace pour ne pas le perdre. Et puis, il s’en va et c’est la désolation. Il n’y a plus de lumière, la place est cramée. C’est une chute flamboyante. Le succès, j’y suis très sensible car je pars de loin. Tout ce qui m’arrive est inespéré. »

VANITÉ

« Elle ne peut pas cohabiter avec la lucidité et la maturité. Elle est inutile, masturbatoire, c’est une chose de l’enfance liée à la confusion. Je ne suis pas vaniteuse mais très susceptible sur un point : mon fils. Si quelqu’un en parle mal, même sa maîtresse, c’est la haine immédiate. »

VOLUPTÉ

« La société commande désormais de ne plus fumer, ne plus manger, ne plus faire l’amour. Je trouve dommage que personne ne pense à avoir un jugement moral sur la saloperie, le mépris, l’indifférence, l’injustice. Ça, on ne l’interdit pas. On réglemente la volupté, ou du moins son caractère libre. Peut-être pour des raisons justes ? Peut-être qu’on légifère parce que les gens n’arrivent pas à contrôler les dosages ? Moi, je ne me sens pas vraiment concernée. Parce que je sais que l’austérité donne plus de saveur à la gourmandise. Et puis, je pense aussi à Épicure qui, contrairement à la croyance générale, ne préconise les plaisirs qu’au comptegouttes. Sinon, il ne s’agit que de vice ou de pathologie… »

  • No Promises, chez Naïve.

Sources Le Figaro

Posté par Adriana Evangelizt

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