Dîner du Crif : Sarkozy passe à table

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Dîner du Crif : Sarkozy passe à table

par Régis Soubrouillard


Cette année, c'est le président de la République et non le Premier ministre qui sera l'invité d'honneur du dîner du Crif et prononcera un discours. Une première critiquée par certains intellectuels et par le président d'honneur du Crif, Theo Klein.



Institué en 1985, le dîner du Crif (Conseil de représentation des institutions juives de France), était à l'origine conçue comme une soirée conviviale entre le gouvernement, les principaux responsables politiques de l'opposition et les représentants officiels du judaïsme français. Mais au fil des ans, le tranquille dîner s'est transformé, selon l'expression utilisée par Alain Finkielkraut en un véritable « tribunal dînatoire ». Régulièrement invité, le philosophe répugne toujours à s'y rendre qualifiant cette cérémonie de « grotesque » : « Les Juifs ont donné très longtemps un magnifique exemple de participation à la vie nationale, politique et culturelle, et je n'aime pas qu'ils deviennent le fer de lance de la transformation de la République en mosaïque de communautés râleuses. (…) Et puis il y aura un dîner de convocation du gouvernement par la communauté musulmane, et puis peut-être un jour par les militants homosexuels qui diront « écoutez, le mariage gay, ça ne vient pas. Quant à l'homoparentalté où en êtes-vous ? » expliquait-il en 2005 sur Radio Communauté Juive.

C'est en 2001 que Roger Cukierman déclenche les hostilités en évoquant, devant l'ancien Premier ministre Lionel Jospin, la montée d'une « haine anti-juive » en France, puis n'a cessé d'alerter, au risque de s'attirer certains reproches d'exagération et de « paranoïa », y compris au sein de la communauté juive.
« Depuis 2001 et l'interpellation du Premier ministre au sujet d'une soi disant flambée de l'antisémitisme, c'est vrai que ce dîner n'a plus la même fonction » explique l'inventeur du dîner, ancien président du Crif, Theo Klein, « je l'ai inventé non pas pour que les juifs expriment des demandes particulières à l'état mais pour engager un dialogue, et pas beaucoup plus que ça ». Le sommet a été atteint en 2005 avec des attaques multiples de Roger Cukierman sur la responsabilité des jeunes issus de l'immigration et de la gauche altermondialiste dans la hausse des actes antisémites et contre la diplomatie française.

« Une faute politique »
Autant dire que les échanges furent déjà moins paisibles. Et l'initiative de l'actuel président du Crif, Richard Prasquier, d'inviter pour la première fois le président de la République au dîner ne saurait changer la donne. En son temps, le président Chirac, sollicité, avait préféré décliner l'invitation: « Dans la mesure où Nicolas Sarkozy est un président omniprésent, tout tourne autour de lui donc je pense qu'il serait venu quand même » assure Theo Klein, « le président du Crif n'a fait que devancer Sarkozy. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne initiative, je pensais que l'on pouvait dialoguer avec un Premier ministre. C'est la tradition. C'est beaucoup plus difficile avec un président de la république. On l'écoute. La liberté n'est pas la même. Cela change l'idée même de ce dialogue ».

Un sentiment partagé à la fois par des intellectuels et des membres de la communauté juive de France qui qualifient « d'imprudente » la présence et l'intervention de Nicolas Sarkozy au dîner, certains allant même jusqu'à parler de « faute politique symptomatique de son inconséquence».
Une faute qui n'en renvoie pas moins à la stratégie politique assumée de Nicolas Sarkozy depuis son entrée en campagne électorale en 2007. Le candidat Sarkozy, plutôt que de s'adresser aux Français dans leur ensemble a toujours choisi de répondre aux demandes des communautés particulières.
Si, d'un point de vue purement tactique, la démarche peut trouver sa justification dans une phase de conquête de pouvoir, elle est moins acceptable lorsqu'on a revêtu les habits présidentiels. Car à trop vouloir satisfaire toutes les communautés, minorités, et autres collectifs censément représentatifs, le président court le risque de n'en contenter aucun.
Et surtout plus fondamentalement, dans la conception française de l'idéal républicain, l'intérêt général ne résulte pas de la somme des intérêts particuliers. Au contraire, la manifestation des intérêts particuliers ne peut que nuire à l'intérêt général qui se veut l'émanation de la volonté de la collectivité des citoyens en tant que telle.

Sources Marianne2

Posté par Adriana Evangelizt

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