"Sarkozy cherche un gros poisson d’ouverture"

Publié le par Adriana EVANGELIZT

"Sarkozy cherche un gros poisson d’ouverture"

 

par Ghislaine Ottenheimer

REMANIEMENT ou pas remaniement? Pour François Fillon, ce n’est pas d’actualité. "Quand le président de la République en décidera", avance, mystérieux, Henri Guaino.

Normalement, les remaniements ont lieu au lendemain d’élections intermédiaires -souvent mauvaises pour le pouvoir en place-, afin de redresser le tir, de reprendre la main politiquement. "C’est justement pour cela que Nicolas Sarkozy pourrait procéder à un remaniement avant les municipales", confie le député Frédéric Lefebvre, qui fut longtemps le conseiller en communication du président de la République. Parce qu’il ne fait rien comme ses prédécesseurs et surtout parce qu’il privilégie toujours les stratégies d’attaques.

Or, mathématiquement, les municipales seront très difficiles pour la majorité. Celles de 2001 avaient été historiquement bonnes pour la droite. Elle avait certes perdu Paris et Lyon, mais elle avait emporté une bonne trentaine de ville de plus de 30.000 habitants. En mars prochain, bon nombre de ces villes vont retomber à gauche. Paris et Lyon, en revanche, ont peu de chance d’être regagnées par l’UMP.

Le chef de l’Etat fera tout pour limiter la casse et atténuer l’impact de ces élections. Partout, il va tenter de semer la zizanie. En enrôlant la nièce de Pierre Mauroy à Lille sur une liste UMP, en nouant une alliance avec le PS à Pau, en comptabilisant l’élection du maire sortant Jean-Marie Bockel, qui l’a rallié, comme une victoire de la droite… Et dans cette stratégie de déstabilisation, un remaniement représente, évidemment, une carte majeure. Encore faut-il sortir un atout gagnant. Une grosse pointure de gauche. Or, pour le moment, la rumeur accréditant l’idée que Nicolas Sarkozy pourrait débaucher Manuel Valls ou Julien Dray a fait long feu. Concernant Jack Lang, ses dernières déclarations -"Je suis né quasiment socialiste et je mourrai socialiste"- laissent penser qu’il ne se laisserait pas séduire par un portefeuille dans un gouvernement de droite.

"Sans gros poisson, un mini-remaniement n’aurait guère d’impact sur le plan politique", confie un conseiller de l’Elysée. Au Château, on continue de chercher. Parmi les présidents de région socialistes. Victorien Lurel, président du conseil régional de Guadeloupe, ancien porte-parole de la campagne présidentielle de Ségolène Royal et surtout secrétaire nationale du PS à l'Outre-Mer, piégé par Gérald Dahan, a affirmé qu’il était "prêt à en discuter le moment venu". Ajoutant: "Cela fait un moment que j'ai dépassé les clivages." On évoque le nom de Jean-Yves Le Drian, président socialiste de la région Bretagne. Il a été approché. Mais ce ne sont pas des grosses pointures sur le plan médiatique. Claude Allègre fait également figure de ministre d’ouverture possible.

Quoiqu’il en soit, s’il remanie, Nicolas Sarkozy choisira le moment propice pour créer une diversion. Les municipales sont dans deux mois et demi. C’est trop tôt. Mais des tractations ont déjà eu lieu. Notamment avec Michel Mercier, président du groupe centriste au Sénat, mais surtout président du conseil général du Rhône. A ce titre, il peut jouer un rôle important lors des municipales à Lyon.

Le chef de l’Etat pourrait en profiter renforcer son gouvernement dans des secteurs où il accuse certaines faiblesses. A la Culture, dans les nouvelles technologies, en macro-économie. On parle d’ailleurs de l’entrée au gouvernement du spécialiste de l'internet à l'UMP, Thierry Solère, ou du député Frédéric Lefebvre, récemment nommé secrétaire national de l’UMP, chargé de l’Economie.

Et cela n’interdirait pas à Nicolas Sarkozy de procéder à un autre remaniement, après les municipales. Ce dernier a d’ailleurs confié à Denis Tillinac: "Je draguerai tous les nouveaux élus socialistes."

par Ghislaine Ottenheimer, éditorialiste à Challenges, jeudi 3 janvier.

Sources Challenges

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