Sarkozy plus bidochon que Flaubert

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Le Times se défoule, Sarkozy plus bidochon que Flaubert.  Il est certain que côté classe, il a loupé le coche !

De l’élégance, que diable !

par Ben Macintyre

The Times



Pour The Times de Londres, si le président français plonge dans les sondages, c’est à son inconduite amoureuse qu’il le doit. Les Français détestent son style plus “Bidochon que Flaubert”.

Depuis sa conférence de presse du 8 janvier dernier (au cours de laquelle il a déclaré “avec Carla, c’est du sérieux”), Nicolas Sarkozy est devenu le lauréat incontesté du prix Silvio Berlusconi de l’homme politique européen le plus embarrassant du moment. Au moment où sa cote de popularité plonge en piqué, sa vie amoureuse, elle, déploie ses ailes. Ceci n’étant d’ailleurs pas étranger à cela. Car cette désaffection n’a rien à voir avec l’attitude des Français face au sexe. Les électeurs français s’attendent à ce que leurs dirigeants aient une vie amoureuse compliquée. Les amours présidentielles sont une sorte d’article tacite de la Constitution : elles sont un privilège inhérent à la fonction. L’impopularité naissante de Sarko n’a rien à voir non plus avec ses deux divorces, ni même avec les liaisons amoureuses* de Carla avec des pop stars britanniques sur le retour [Mick Jagger].

Non, la faute de Sarko aux yeux des Français, c’est une sorte de crime contre l’élégance à la française, un manquement aux préceptes d’un certain savoir-vivre* présidentiel. Vu de Paris, il est tout à fait acceptable que le président français tombe amoureux, mais d’une façon si peu raffinée et si américaine, ça non !

Pour son plus grand malheur, Sarkozy semble toujours frôler la “cool attitude” sans jamais l’atteindre. Il lui manque au moins 5 centimètres pour pouvoir porter des lunettes de soleil aviateur à verres réfléchissants ; grassouillet, il a tout juste 5 kilos de trop pour faire comme Poutine et tomber la chemise en public ; à 52 ans, il est trop vieux de cinq ans pour être pris en photo enlaçant la taille dénudée d’une femme de 39 ans. Ce sont des petits riens, certes, mais qui comptent beaucoup pour des Français.

Le problème de son histoire d’amour*, c’est qu’on la juge en France assez minable, plus Bidochon que flaubertienne. Plutôt que de faire la cour à son ancien mannequin au clair de lune dans le jardin parisien des Tuileries, Sarko l’emmène à Disneyland. Là où un autre Français conterait fleurette, par exemple, en récitant un poème d’amour d’un goût exquis, le président offre une bague de fiançailles sertie d’un gros diamant rose en forme de cœur, créée pour Dior par Victoire de Castellane – tout à fait le genre de babiole qui ferait rêver l’ex-Spice girl Victoria Beckham.

Ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy est désormais affublé du surnom américanisant de “Président Bling-Bling”*. Il évolue dans un monde tapageur, fait de paparazzi, de micros tendus et de jets privés mis à disposition par des amis milliardaires. Le grand amour de François Mitterrand n’avait été vraiment révélé au public que par la présence de sa fille naturelle à ses obsèques, moment choisi avec un sens exquis de la mise en scène. Sarko et Bruni, en revanche, ont déjà été désignés par tous les magazines people comme l’un des “couples chauds” de l’année 2008.

De ce côté-ci de la Manche, les maladresses du chef de l’Etat français, son côté nouveau riche* et ses faux-pas nous paraissent tout bonnement comiques, voire rafraîchissants après la pompe empesée des années Chirac. Mais pour beaucoup de Françaises et de Français, et pas forcément les plus traditionalistes ou les plus âgés, le “Sarko show” a des allures de soap opera mortifiant, une énième preuve du fait que la pipolisation à l’anglo-saxonne est en train de phagocyter les valeurs de la France éternelle.

Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir il y a six mois en promettant une “rupture” avec les méthodes du passé. Sans façon, énergique, plein d’assurance et direct, son style offre un contraste saisissant avec la présidence distante, bienséante et quasi monarchique voulue par Charles de Gaulle. Essayez donc d’imaginer le vieux général en short, et vous aurez une idée de l’ampleur du changement culturel qu’incarne Sarko.

Mais s’il est une qualité dont débordait l’antique présidence et que Sarkozy défie ouvertement, c’est bien la discrétion, en particulier dans les affaires de cœur. Le président français revendique, en mettant sa vie amoureuse sur la place publique, “une rupture avec une tradition déplorable d’hypocrisie” ; en réalité, par le passé, les amours présidentielles étaient connues de tous, mais pas affichées. Moi-même, j’ai habité à une époque dans la même rue que la maîtresse de Chirac : des CRS fermaient la rue quelques heures chaque fois qu’il se rendait chez elle. Les commerçants du coin se contentaient de hocher la tête avec une certaine admiration : “Ah, le Président* est là pour son cinq à sept*.”

Là où Sarkozy commet une faute, c’est en affichant son histoire d’amour devant les caméras au moment même où la plupart des Français sont profondément inquiets. L’économie française est dans une situation alarmante, et alors que le président part en vacances au soleil avec un cortège de 26 véhicules et une belle héritière italienne, les Français ne se sont jamais sentis aussi pauvres depuis le début des années 1990. L’erreur du président français est de tomber amoureux d’une façon scandaleusement non française et insuffisamment présidentielle. Alors que son histoire d’amour avec l’opinion française commence à tourner au vinaigre, Sarko devrait revoir son scénario et, cessant de porter son cœur en sautoir, comme il le fait, le passer au poignet, avec sa montre au luxe clinquant.

Sources Courrier International

Posté par Adriana Evangelizt



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