L'inéluctable crise de régime à Paris: avant ou pendant la présidence française de l'UE?

Publié le par Adriana EVANGELIZT

L'inéluctable crise de régime à Paris: avant

ou pendant la présidence française de l'UE?

Written by Franck Biancheri

Président de Newropeans

De facto l'effondrement de la crédibilité de Nicolas Sarkozy comme chef de l'Etat est dorénavant un phénomène irréversible. Ses amis sondeurs (ou peut-être ses déjà ex-amis) sont désormais bien obligés d'annoncer, semaine après semaine, la dégringolade de sa côte d'amour, et surtout la hausse rapide de son impopularité.


Même « Opinionway », l'officine de sondage en ligne dont les tendances pro-gouvernementales ne sont un mystère pour personne, doit reconnaître que les Français ne croient plus dans les capacités du président français à tenir les promesses-clés de sa campagne. C'est dire!

Cette chute brutale et durable de la crédibilité de la tête de l'exécutif français (phénomène très atypique après seulement quelques mois de présidence) se cumule avec deux autres facteurs qui vont entraîner une crise de régime entre le printemps et l'automne 2008, c'est-à-dire en pleine présidence française de l'Union européenne. Autant dire que ce qui se passe ces temps-ci à Paris devrait alarmer au plus haut point tous les citoyens européens qui se préoccupent de l'avenir de l'UE (et de leurs dirigeants).

Outre les actuels conflits au sein de l'exécutif français entre le clan des « néo-cons à la française »(1) et des « techno-europhiles »(2) dont la presse hexagonale commence à se faire l'écho, la présidence française de l'UE va en effet buter sur deux facteurs franco-français explosifs:
- l'absence de « soutien minimal acquis » à Nicolas Sarkozy de l'opinion publique française qui va conduire sa popularité à chuter à des niveaux inconnus jusqu'alors pour un président de la V° République (au niveau d'environ 10% d’opinion favorable) ;
- l'état de délabrement des finances publiques françaises que la crise économique et financière mondiale va très fortement aggraver dans les prochains six mois.

En effet, Nicolas Sarkozy ne dispose pas d’un « soutien minimal acquis » dans l'opinion publique française. Par ce terme, je veux désigner les 15% à 20% de gens qui, quoiqu'il arrive, trouvent un président sympathique et constituent donc une sorte de « matelas » de supporters inconditionnels lors des chutes de popularité. L'ancien président français Jacques Chirac possédait ainsi ce type de « matelas » : une partie de l'opinion publique le trouvait « sympa » ou « beau », ... et cela l'assurait de ne pas tomber au fond du gouffre en cas d'impopularité. Nicolas Sarkozy ne possède aucun amortisseur de ce type. Comme le faisait récemment remarquer Frédéric Bourdel dans ces colonnes, même parmi ses électeurs, il est extrêmement difficile de trouver une personne qui avoue tout simplement « aimer bien » Nicolas Sarkozy. Ce détail n'en est pas un. Il constitue à mon sens un risque politique majeur car il indique qu'aucun mécanisme « naturel » ne viendra endiguer l'effondrement de popularité en cours. Or, en dessous de 15% de popularité, un président de la V° République, surtout aussi « omniprésent » que l’actuel, devient en lui-même une crise de régime à retardement, dans l'impossibilité de diriger le pays. Alors, ne parlons même pas de « diriger l'Union européenne » pendant 6 mois. Tout le monde se souvient du désastre de la présidence berlusconienne de l'UE (3). Attendez de voir la présidence française qui se profile pour le second semestre 2008.

Et cette poursuite de la chute de popularité du président français est déjà mécaniquement programmée du fait de la crise socio-économique mondiale. Tous les dirigeants en exercice aux Etats-Unis, en Europe et en Asie vont en faire les frais puisqu'elle signifie recessflation (récession et inflation) ou au mieux stagflation (stagnation et inflation) : donc baisse du pouvoir d'achat, hausse du chômage, baisse des recettes fiscales, ... En France, étant donnée l'absence de maîtrise des dépenses publiques, l'impact de cette crise mondiale va tourner au choc brutal. Et le premier à en être tenu pour responsable sera bien entendu l'actuel locataire de l'Elysée, surtout qu'il a fait campagne sur le thème de la hausse du pouvoir d'achat.

La crise politique des prochains mois en France va être également influencée par deux autres paramètres:

- la volonté du président français d'intégrer pleinement la France dans l'OTAN dans les mois à venir, exauçant en cela le voeu de Washington, et non pas celui des Français. L'actuel discours autour de la relance de la défense européenne n'est qu'un écran de fumée destiné à masquer l'objectif central : aligner à 100% la France sur Washington. C'est d'ailleurs ce dont discute ces jours-ci le ministre français de la défense à Washington.
- l'abandon progressif par les oligarques français (Bouygues, Bolloré, Lagardère, Dassault, .. ) de leur soutien au président français à mesure que son impopularité le rendra incapable de leur rendre les services attendus (comme par exemple revendre au privé la télévision publique française une fois celle-ci étranglée par la simultanéité de la suppression de la publicité et la crise budgétaire publique).

Tout ceci, et je ne mentionne même pas les prochains « déballages médiatiques » de Cécilia ou les futures « indiscrétions » de Carla, va se dérouler entre le printemps (4) et l'automne 2008. Sur fond d'inexistence d'opposition politique organisée (5), le déclencheur de cette crise de régime n'est pas encore clairement identifiable : refus du référendum sur le traité européen, problèmes sociaux, dérapages sécuritaires, attaque contre la laïcité, réintégration dans l'OTAN, avanies personnelles, scandales ressurgis du passé, ... la liste est longue de ce qui peut tenir lieu d'étincelle. Mais une chose est désormais certaine : la maison France devient chaque jour un peu plus inflammable. Et la présidence de l'UE de la seconde moitié de 2008 sera emportée dans l'incendie. Espérons que l'actuelle présidence slovène fera le maximum car la suite est bien incertaine.

L’étincelle sera peut-être la décision d'un président en perdition (Sarkozy) de s'allier à un pouvoir en perdition (Washington) pour tenter une aventure extérieure en attaquant l'Iran. Qui sait ? Les révolutions américaine et française au XVIII°siècle furent presque simultanées. Leurs crises de régime au XXI° siècle pourraient l'être aussi.

Notes:
[1] Les « néo-cons à la française » sont la dernière émulation parisienne du modèle « made in Washington ». Ces néo-conservateurs portant béret et baguette rassemblent, comme outre-Atlantique, les adeptes de la volonté de puissance, allant d'anciens trotskistes ou communistes aux transfuges d'extrême-droite. De la « plume » du président, Henri Guaino, à ses invités vaticanesques, comme Max Gallo, leur vulgate intellectuelle est simple : anti-européenne et pro-occidentale, franchouillarde et américaniste, parisienne et donc provinciale, rhétorique et laborieuse, arrogante et archaïque. Du projet ridicule d'Euro-Méditerranée (qui ferait sourire tant il est vain, s'il n'avait comme principal objectif de diviser l'UE et donc de l'affaiblir) aux discours offensant sur les Africains, dignes de Tintin au Congo, qui braquent l'Afrique contre la France et les Européens, ou bien à propos des risques de « conflits de civilisation », sans même mentionner la fumeuse « politique de civilisation » qui nous ramène aux années 1930, ces néo-cons à la française développent, à l'échelle réduite hexagonale, les mêmes idioties que leurs homologues américains (guerre en Irak, conflit des civilisations, Grand Moyen-Orient, ...).
 
[2] Les « techno-europhiles » sont l'autre composante, classique celle-ci, de l'appareil d'état parisien. Le ministre des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, en est un bon exemple. Ces derniers calent leurs credo sur l'eurocratie bruxelloise (leur « maison-mère »), en étant farouchement opposés à toute démocratisation de l'UE (pas de référendum sur le traité, pas de référendum sur les futurs élargissements, ... ) tout en étant de fidèles serviteurs des grands intérêts financiers européens.
[3] Cette présidence en 2003 n'avait abouti à rien ... sauf aux souvenirs des provocations de Berlusconi traitant de « kapo » un député européen allemand.
[4] Après les élections municipales, on va commencer à voir les « ralliés » de 2007 prendre leur distance avec le régime. Comme pour les rats dans un navire, ce sera un signe avant-coureur de la crise de régime. Et l' « ouverture » n'aura même pas tenue un an. La toute récente démission de Michel Rocard de la commission sur le métier d'enseignant n'en est qu'un avant-goût.
[5] Le Parti Socialiste français est en pleine désintégration. L'ex-candidate socialiste à la présidence de la république, Ségolène Royale, a aussi peu de crédibilité que Sarkozy en pleine chute. Et le Modem de François Bayrou n'en finit pas d'annoncer son décollage alors qu'il s'émiette déjà dans des alliances incompréhensibles à droite, à gauche, au centre et ailleurs.

Sources Newropeans

Posté par Adriana Evangelizt


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