Travailler plus et manger moins : pourquoi Sarkozy ne réformera pas la France ?

Publié le par Adriana EVANGELIZT

 Cet article date du 13 mai 2007 donc juste après l'élection de Sarkozy... nous le trouvons très drôle. En précisant que l'auteur est libertarien...

 

Travailler plus et manger moins :

pourquoi Sarkozy ne réformera pas la France ?

par Patrick Bonney




On sait que le leitmotiv de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy tenait en cinq mots: « Travailler plus pour gagner plus ». Les conseillers de Ségolène Royal, plutôt que d’être obnubilés par la seule lecture des sondages et de la presse people, auraient donc été bien inspirés d’attirer son attention sur le remarquable ouvrage de Nicolas Bouvier Chronique japonaise (à lire au-delà de l’anecdote relatée ici) où ce dernier fait référence à la redoutable dynastie des Shoguns « Tokugawa » dont le slogan – cela paraît trop beau pour être vrai! – était: « Travailler plus et manger moins ».

Ils auraient pu également lui susurrer qu’au-delà de cette injonction, s’est imposé le pire régime répressif et policier que le Japon ait jamais connu. Et Dieu sait pourtant qu’il en a connu!

On imagine l’usage qu’une candidate avisée, pugnace et dotée de sens de l’humour eût tiré de pareille aubaine. Et si j’avoue avoir songé à en faire profiter Madame Royal, je me suis ravisé en me disant qu’il n’était pas de mon ressort de choisir entre la peste et le choléra. « Ces gens-là ne savent rien », avait lancé d’un ton méprisant François Mitterrand à propos des conseillers de Michel Rocard. Qu’eût-il dit d’Arnaud Montebourg, de Vincent Peillon et de Julien Dray?

Souhaitons simplement que revienne un temps où les candidats à l’élection présidentielle auront lu quelques livres et visionné des films qui ne soient pas réduits aux onomatopées d’un Christian Clavier. Suppôt du nouveau régime dont on ne dira jamais assez la médiocrité et dont la disparition épargnerait au cinéma de cruelles offenses. Décédez, Monsieur ! a-t-on envie de lui lancer en plagiant un mot célèbre.

Comment oublier la vision apocalyptique de ce dimanche 6 mai? Celle de cet aréopage de revanchards plantés sur le podium dressé en l’honneur du vainqueur place de la Concorde! Celle que le pire des cauchemars n’aurait pu transposer! Il fallait se pincer pour y croire.

La foire du trône et tous ses avatars. Mais en lieu et place de la femme à barbe et de l’homme sans tête, il y avait là, outre l’inévitable Christian Clavier, cabot de la république devenu bouffon du roi, l’antédiluvienne Mireille Mathieu, chanteuse réduite à sa frange défraîchie et dont La Marseillaise tint plus de la bouillabaisse que du chant révolutionnaire, l’inénarrable Arthur, animateur de télévision qui est à la vulgarité ce que Michel-Ange est à la peinture, le fieffé Enrico Macias, passé pour d’obscures raisons fiscales de l’éloge de la fraternité à celle de l’exclusion, l’affligeante Jane Manson, has-been botoxée à la haine, et enfin le désolant Johnny Hallyday, idiot de la famille et exilé fiscal, venu respirer le bon air de l’oppression.

La France réduite aux acquêts, concentré de bêtise et de vulgarité comme rarement il fût donné d’en voir. Même sous la férule du regretté Guy Lux dont on connaissait pourtant à cet égard le talent et le goût prononcé.

Cela dit, il nous faut accepter l’évidence. Comme prévu, Nicolas Sarkozy est devenu président de la République ou... de ce qu’il en reste! À un grand mou succède un petit teigneux. Simple nuance de taille, on l’aura compris. La France est le seul pays où après avoir touché le fond, il est possible de descendre encore. « Le pire est toujours certain » devient notre devise.

Et ceux qui se sont enivrés de la victoire du petit Nicolas ont tout intérêt à faire provision d’aspirine. La gueule de bois sera longue et douloureuse et le réveil d’autant plus brutal que le sommeil aura été court.

Mais venons-en au fait et à la question posée: pourquoi Sarkozy ne réformera pas la France.

La réponse coule de source: parce qu’il n’a pas été élu pour ça.

Pour ceux qui auraient manqué l’épisode précédent, je rappelle les chiffres accablants d’un sondage sorti des urnes à l’issu du premier tour: 83% des électeurs de Sarkozy l’ont choisi pour qu’il impose plus d’ordre et de sécurité. Autrement dit pour qu’il mette des flics partout, que l’on bouffe du bougnoul et que l’on ferme la gueule de ceux qui auraient envie de l’ouvrir.

Or je ne sache pas que xénophobie, ratonnade et intimidation aient jamais été synonymes de réforme.

Cette ambiguïté de départ va peser sur le quinquennat. Et elle est d’autant plus tragique et stupide qu’un rapport de la CIA pose comme base de la survie de nombre de pays d’Europe – dont l’Allemagne, la Russie, les pays nordiques – la venue et l’intégration, rendues nécessaires, de ressortissants d’autres pays, autrement dit d’émigrés. Mot qui, comme libéralisme, a tendance à fâcher. Il ne s’agira plus alors d’accueillir comme on le disait toute la misère du monde, mais d’éviter la nôtre. On peut donc affirmer à cet égard que prétendre l’inverse et l’ériger en fer de lance d’un programme électoral n’est rien moins qu’un suicide stratégique. Comme le serait l’exclusion de la Turquie de l’Union européenne. On cultive la peur de l’Ottoman comme jadis la peur de l’Allemand. Mais le turban est aussi démodé que le casque à pointe.

« Et ceux qui se sont enivrés de la victoire du petit Nicolas ont tout intérêt à faire provision d’aspirine. La gueule de bois sera longue et douloureuse et le réveil d’autant plus brutal que le sommeil aura été court. »

Car plutôt que d’emprunter à Le Pen la partie la plus répugnante de son programme, Sarkozy eût été mieux inspiré en faisant montre de pédagogie. Mais il a dû penser que les Français n’étaient pas capables de comprendre, ce en quoi il n’avait peut-être pas tout à fait tort. Encore que pour vraiment le savoir, il eût fallu faire l’effort de leur expliquer...

Reste que Sarkozy n’a pas reçu mandat de réformer le pays en lui imposant la purge libérale dont il aurait besoin. Il a reçu mandat de bouter les étrangers hors de France. Et il va se traîner ce non-dit électoral pendant toute la durée de son mandat.

Mais au fond, ça l’arrange bien. Au lieu de réformer en profondeur et de s’attaquer comme il le faudrait à la dépense publique, devenue gabegie, et aux privilèges de classe qui en découlent, il ne prendra que quelques mesurettes, poudre aux yeux qui amusera la galerie avant de la faire pleurer.

Il est un chiffre qui fait foi, celui du montant des prélèvements obligatoires, autrement dit, ce que ponctionnent l’État, les collectivités locales et tout organisme afférent. En France, il avoisine la moitié de la richesse produite. Eh bien, je suis prêt à parier qu’il n’aura pas varié d’un iota – si par chance il n’augmente pas! – à la fin de la mandature.

Comme je suis prêt à parier que le nombre de fonctionnaires – chiffre devenu référentiel aux yeux des étatistes et qui, mieux que le baromètre, indique le temps qu’il fait – n’aura qu’à peine diminué.

Le seul résultat notable et irréfutable du passage de Sarkozy au ministère de l’Intérieur aura été l’augmentation du nombre de policiers. Quant aux prétendus succès, le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont peu probants. Mais démagogie aidant, le candidat a su faire croire à leur existence. Tout ce qui risque de diminuer sous son règne, ce sont les droits fondamentaux. Des étrangers d’abord et des Français ensuite. Souvenez-vous de Pétain. On commence toujours par les étrangers...

Par ailleurs, à la lumière (sans jeu de mot!) dont il a traité le changement de statut d’EDF (on change le statut, mais rien ne change), je peux vous conter en avant-première comment seront menées les négociations avec les syndicats qui rappelons-le, en France, ne représentent qu’eux-mêmes ... et le secteur public – pléthorique il est vrai! Dépourvu de légitimité, leur pouvoir de nuisance n’en est pas moins grand puisqu’il leur permet de paralyser les transports et l’accès aux sources d’énergie.

Tous les pouvoirs ont reculé face à cette menace de mettre le pays à genou. Pas de Madame Thatcher pour en découdre une bonne fois et mettre fin à cette mascarade. Sarkozy restera dans cette ligne.

Ses représentants vont rencontrer les syndicats et dans un mélange d’intimidation (Sarkozy, comme tous les faibles, aime surjouer la force) et de fausse complicité, leur promettront de continuer à fermer les yeux sur nombre de privautés, d’avantages exorbitants, de gâchis honteux, de prébendes corporatistes, de sous-productivité notoire (SNCF, ministères) en échange de deux ou trois mesures phares dont le pouvoir a besoin pour asseoir sa légitimité. Service minimum en cas de grève des transports (mais vraiment minimum!), légères concessions sur les régimes spéciaux de retraite, toilettage des 35 heures et du code du travail et autres bricoles du même acabit. Pas de quoi fouetter un chat! Mais Sarkozy pourra gonfler les muscles et les vaches sacrées seront bien gardées!

On imagine la scène, mauvais remake de Quai des brumes, où Sarkozy, Jean Gabin du pauvre, lance à Bernard Thibault – pardon Michèle Morgan: « t’as de beaux cheveux, tu sais ». À retourner Marcel Carné dans sa tombe et à vous dégoûter du cinéma! Mais, répétons-le, à trop fréquenter Christian Clavier, on finit par jouer aussi mal que lui.

À ce petit jeu-là, les cocus et les perdants sont déjà connus. Ce sont toujours les mêmes, ceux qui ont cru parce qu’ils avaient besoin de croire: commerçants, artisans, petits chefs d’entreprises, salariés du secteur privé exposé à la concurrence, exclus en tout genre. Ce clivage-là perdurera aussi longtemps que l’on ne s’attaquera pas à la racine du mal en imposant une politique économique libérale digne de ce nom. Les vessies ne seront jamais des lanternes et les mauvais succédanés ne font pas une bonne politique.

Mais le peuple est souverain dit-on et son destin lui appartient. On peut donc penser que celui qu’il se choisit pour exercer la fonction suprême est la résultante de son expression.

Et de fait, rien dans le comportement des Français ne laisse présager leur désir ou leur volonté de remettre en cause leur sacro-saint modèle social. Rien qui ne dise qu’ils sont prêts à renoncer à des façons d’être et des avantages qui ne font que creuser la tombe de leurs enfants. Rien qui ne laisse apparaître une prise de conscience collective ou une simple acceptation de la réalité économique. Rien qui ne préfigure un avenir qui ne ressemblerait pas au présent.

L’expression « Français en vacances » est devenue un pléonasme. Après les ponts du mois de mai viendront les vacances d’été, puis celles de la Toussaint qui annonceront les congés de Noël durant lesquelles on préparera les sports d’hiver du mois de février avant de se reposer pendant les vacances de Pâques. Entre-temps, on aura profité des RTT (cinq à six semaines pour certains en plus des cinq semaines de vacances légales) et puis ce sera à nouveau les ponts du mois de mai. Sauf que – comble de malchance et drame national annoncé – l’année prochaine, le 1er mai tombe au moment de l’ascension. Mais en France, un pont de perdu, c’est dix de retrouvés!

Ainsi va notre pays et ses petites préoccupations quotidiennes. La dette? La pauvreté? L’éducation? Mais tout le monde s’en fout! On aimerait gagner plus, ça oui! Mais il faudrait travailler et si l’on travaille, alors on ne pourra plus partir en vacances. Cruel dilemme et choix cornélien qui, cette fois, et contrairement à 1940, ne seront pas tranchés par nos amis allemands. Il n’y aura pas de guerre – et c’est tant mieux! – pour sonner le glas des hérésies françaises et siffler la fin de la récréation.

Propos caricatural? Je renvoie au tollé et à la pantalonnade provoqués par la tentative de suppression du lundi de Pentecôte. Tous les arguments auront été bons pour renâcler, le plus malhonnête consistant finalement à prétendre que tout cela avait été mal ficelé et mal présenté alors qu’en réalité, ce sont les Français qui refusent de faire le moindre sacrifice, fût-il des plus insignifiants! Ils ne font pas le lien entre le travail et l’économie, entre l’économie et le bien commun. Tout cela reste fumeux, abstrait.

Et quand on leur dit que leur salaire moyen est inférieur de 30% à celui des Américains parce qu’ils travaillent 30% de moins, ils entendent simplement que ce salaire, il faut l’augmenter. Cigales méprisant les fourmis, mais quand vient la fin de l’été...

Là où les syndicats ont raison, c’est quand ils disent que l’on ne réforme pas un pays contre lui-même. Après tout, si les Français veulent s’appauvrir et sacrifier l’avenir de leurs enfants, c’est leur droit le plus strict. À condition qu’on leur dise la vérité et qu’on leur expose sans fioritures les aboutissants de l’étape suivante. La faillite et ses conséquences.

Il faudrait sortir de la politique compassionnelle, celle du mouroir qu’est devenu notre pays.

La seule bonne nouvelle dans tout cela, c’est que résister à Sarkozy ne demandera pas trop d’effort. Puisqu’il dit qu’il faut se lever de bonne heure, la seule chose à faire sera de rester couché. Bonne nuit les petits...

Sources Le Québecois Libre

Posté par Adriana Evangelizt

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