Qui est Carla Bruni ?

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Qui est Carla Bruni ?

par Jacques Gantié
Nice Matin


Sa vie est un roman. Amours, podiums, voyages... A 40 ans, devenue « prima donna » de France, a-t-elle changé? Et qui sera-t-elle à l'Elysée? Esquisse d'une star devenue femme de pouvoir.

Entre vérités et clichés, trois livres sont consacrés à Carla Bruni (1), devenue première dame de France. Suite et pas fin du feuilleton, au risque de l'overdose de Carla B.

L'enfance dans la haute bourgeoisie turinoise, le château stendhalien de Castagneto Po de la famille Bruni-Tedeschi, Marisa, sa mère, pianiste, Alberto, le père, industriel, amateur d'antiquités, musicien qui écrit des opéras joués à la Scala de Milan et à la Fenice de Venise...

Pour fuir les menaces d'enlèvement des Brigades Rouges, la famille s'installe à Paris dans les années 70. C'est l'exil doré à l'ombre de la Tour Eiffel ou dans la résidence d'été du Cap Nègre, au Lavandou.

A 19 ans, Carla entre en mannequinat. Douze années de travaux glamour parmi les top-modèles les mieux payées de la planète. Sur les podiums, elle défile et intrigue avec, pour l'écrivain Marc Lambron, « un maintien de vieille caste allié aux voltes rock'nroll, la taille bien prise, une façon de toiser le public avec un regard de torero laissant traîner sa cape dans la poussière ».

Chatte et Italienne

Hors défilés, elle séduit, magnétise, « solare », lumineuse. « Croqueuse d'amants » comme elle le confie dans « Marie-Claire », trouvant la monogamie « follement ennuyeuse ». Elle n'est pas désarmée dans la vie, dans ses vies, elle est le sujet, pas l'objet, choisit chez l'homme la part féminine, fuit ou mate les machos.

« On ne m'a jamais fait la cour, c'est moi qui fait le premier pas. Je suis une amadoueuse, une chatte, une Italienne...».

«Un mec ! » dit un copain écrivain, qui l'estime. Voleuse de maris ? « Chacun sait qu'ils ne se volent guère, on sait les garder ou pas. » « Elle séduit comme un tireur d'élite, pointe son laser bleu entre vos yeux et vous êtes soudain l'homme le plus important de la terre », dit Edouard Boulon-Cluzel, dans son portrait de Carla.

Son chemin de dame est peuplé de conquêtes et de cadavres exquis. On n'en connaît qu'un bref florilège de liaisons affichées, assumées ou démenties, puisées aux sources inépuisables du people. Un vrai bottin mondain ! Mick Jagger, Jean-Jacques Goldman, Arno Klarsfeld, Eric Clapton, Louis Bertignac, Donald Trump - « il croyait m'avoir avec ses dollars, il se trompait ! » - Vincent Perez, Kevin Costner, Léos Carax, Charles Berling, Christopher, le fils de Danièle Thomson... Et puis Enthoven père - Jean-Paul, l'écrivain et critique - et fils - Raphaël, le philosophe dont elle aura un petit Aurélien, alors marié à Justine Lévy, la fille de Bernard-Henri.

Pour les auteurs de « Qui est-elle vraiment ? », BHL aurait même été, en août 2000, « la vraie cible » de ce cruel épisode, résistant avec succès au tsunami Bruni dans son riad de Marrakech, la Zahia.

Psychanalyse

Dans « Rien de grave » (Stock), Justine Lévy décrit la prédatrice en Terminator en jupon. Diabolique ! Eclectique, elle laisse sa comptabilité amoureuse à notre imagination et ne dément rien, sinon la liaison qu'on lui prêta avec Laurent Fabius, préservé ou banni du tableau de groupe.

Chasseresse, manipulatrice, collectionneuse ? En tous cas, elle contrôle ! Les journalistes qui l'ont interviewée dans son hôtel particulier de Neuilly, palais rêveur au fond d'une impasse pavée, ne diront pas le contraire. Certains sont encore sous le coup de l'émotion. Atmosphère à la Visconti, intérieur au savant négligé, jardin romantique. Dans le salon de musique avec bibliothèque et piano, voix caressante, regard bleu soie, tactile, la fiancée du Guépard donne la leçon de séduction.

On n'interroge pas un félin, on le regarde se mouvoir. Elle s'installe en tailleur puis s'allonge sur la table basse peuplée de partitions, de livres d'art et de poésie. Ainsi est Carla, qui, dans sa tanière, remporte sans péril ses duels médiatiques et, d'une berceuse, amadoue qui croit la piéger.

Attendri et amical avec cette « copine », l'écrivain Patrick Besson, qui n'est pas à son tableau de chasse, l'a couchée dans ses dialogues de « La Cause du people » (Fayard) :

« Votre écrivain préféré ? - Pas vous. - Qui, alors ? - Freud. - Ce n'est pas un écrivain. - On voit que vous ne l'avez pas lu ! »

Cent fois sur le divan, après la mort de son père, elle remit en effet sa psychanalyse, jusqu'à trois séances par semaine. « Chez moi, tout boîte...». Il y a la libertine, plus complexe que son image ne le laisse paraître, et la femme qui voulait apprivoiser la mort et le dit en chansons : « Puisque ma vie n'est rien, alors j'en redemande ».

Aujourd'hui, celle qui s'est mise plus facilement nue qu'à nu, qu'on a habillée pour l'hiver de mots choisis - amazone, gourgandine, aventurière... - la femme d'affaires (muse de la « Musa » de Lancia), la sensuelle, la fluide a peut-être insensiblement changé. Elle écrit, compose, chante, guitare folk pour icône intello, sensibilité de gauche - « rive gauche » corrigent certains - et culture authentique. « J'aime la culture française comme les touristes aiment le Pont Neuf ». Sous le pont, passent Aragon - « Aurélien » a donné le prénom de son fils - Baudelaire, Flaubert, René Char, Sartre, Céline..

Muse, marquise, madone ?

Alors, tapis rouge pour la Joconde du Piémont devenue nouvelle reine de France à qui son biographe prête une phrase guerrière qui lui va bien mal : « Je veux avoir un homme qui a le pouvoir nucléaire ».

S'en lassera-t-elle - du pouvoir - ou comment le mettra-t-elle en musique ? Quelle « première dame » - prima donna - sera Carla ? Intellectuelle aux yeux de chat, parlant cinq langues, versée dans les bonnes ?uvres de la culture et du caritatif ? Avec son instinct, son franc-parler, sa douceur, sa générosité, on la situe quelque part entre Jackie Kennedy et Grace Kelly. Forte et surtout différente, riche de sa propre saga, femme d'influence qui pourrait étonner. « Elle n'a pas le droit à l'erreur » dit Arno Klarsfeld, « elle envisage sa vie comme un podium où aucun faux pas n'est permis. Abandonner serait un échec dont elle ne se relèverait pas ».

Ceux qui la connaissent jurent qu'elle ira jusqu'au bout de son ambition, ne désertera pas, fera passer ses idées, « gouvernera » avec charme et modernité. Mais se soumettre n'est pas au programme. Pour l'auteur de son « itinéraire sentimental » « c'est une maîtresse-femme, une joueuse qui toute sa vie a pris un malin plaisir à transgresser les règles (« J'aime quand ça désaxe ! »). Elle a une parfaite connaissance de l'enjeu et ne laissera aucun répit à Sarkozy. Ces deux monstres médiatiques ont fait alliance de raison autant que de passion ».

On lui prête enfin ce travailler plus pour aimer plus : « j'aime les mecs travailleurs, je ne supporte pas les paresseux ! » Nul spécimen de ce type, on le sait, à l'horizon présidentiel.

Alors, entre Neuilly et l'Elysée, elle va imprimer sa griffe. Dame Sarkozy en voyage à Buckingham, Washington ou Pékin, muse pop-folk deuxième époque, nouvelle marquise de Maintenon - en moins austère - future madone du G8...?

Réponse aux prochains épisodes. Mais si vous avez aimé Cécilia, vous n'oublierez pas Carla !

1. « Carla Bruni, itinéraire sentimental. Qui est-elle vraiment ? » (Ed. Privé, 150 p., 14,95 E) de Christine Richard et Edouard Boulon-Cluzel, davantage portrait - réussi - que biographie.

Deux autres livres viennent de paraître, « Carla et Nicolas, chronique d'une liaison dangereuse » (Ed. Scali) et « Carla Bruni, la dame de c?ur » (Ed. Luc Pire).

Sources Ma ville Nantes

Posté par Adriana Evangelizt

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