Chez les catholiques, le discours sur les croyants n'efface pas une vie privée critiquée

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Chez les catholiques, le discours sur les croyants

 n'efface pas une vie privée critiquée

par Stéphanie le Bars

 

Des discours empathiques envers les religions ne suffisent pas à s'attacher durablement la confiance des croyants. Le désamour constaté entre le président de la République et les Français dans les sondages n'épargne pas les catholiques pratiquants réguliers, qui à 77 % avaient choisi Nicolas Sarkozy au second tour de l'élection présidentielle.

Selon une analyse IFOP réalisée pour l'hebdomadaire chrétien La Vie, ils ne sont plus "que" 60 % à lui accorder leur confiance, contre 83 % lors de son élection. Ce décrochage, relatif si on le compare au mécontentement exprimé par les Français, n'a pas été enrayé par les propos tenus par le président de la République à Rome, en décembre 2007, sur le rôle des croyants dans la société, la primauté de la morale chrétienne et les vertus de la "laïcité positive".

"Les gens qui pourraient être les plus sensibles à ce discours sont les catholiques de droite. Or ceux-là sont gênés par les aspects de vie privée et l'approche libérale du président de la République sur certains dossiers, comme l'euthanasie ou la bioéthique", analyse Jean-Pierre Denis, le directeur de la rédaction de La Vie. "Tous les catholiques n'ont pas lu le discours du Latran, mais tous ont vu le divorce et Carla [Bruni] et certains ont pu être choqués", confirme un prêtre, "électeur de Sarkozy en 2007".

"DÉFENSEURS DE LA LAÏCITÉ"

Le décalage entre les propos du chef de l'Etat sur les valeurs chrétiennes et les "signaux" envoyés sur la famille ou l'argent laisse des traces. "On avait eu chez le candidat Sarkozy une critique, approuvée par nos lecteurs, de l'idéologie de Mai-68. Or, on se rend compte que le président est bien de cette génération-là en matière de vie privée", constate Philippe Oswald, directeur de la rédaction de Famille chrétienne.

Pour le reste, et notamment sur la "rupture avec une laïcité antichrétienne", les lecteurs de cet hebdomadaire catholique conservateur demeurent en phase avec M. Sarkozy. Cette satisfaction est partagée par le Mouvement des cadres chrétiens, qui se félicite de "la demande faite aux catholiques par M. Sarkozy de participer aux débats de société".

Ailleurs dans l'Eglise, les propos de M. Sarkozy sur la laïcité passent plus difficilement. L'épiscopat français répète à l'envi son attachement à la loi de 1905 et certains de ses membres jugent anachronique, voire dangereux, de réveiller une "guérilla entre curés et instituteurs".

"Les catholiques les plus avertis savent aussi à quel point l'Eglise a bénéficié de la laïcité à la française en terme d'entretien du patrimoine ou de liberté de parole", rappelle M. Denis.

"Aujourd'hui, les catholiques aussi sont des défenseurs de la laïcité car elle est le bien commun de tous", rappelle le sociologue des religions Jean-Paul Willaime. "Il faut cesser d'identifier la laïcité à l'incroyance."

Au plan politique, certains dossiers ont heurté les chrétiens, notamment la loi sur l'immigration, qui a suscité les critiques des évêques. Certains dénoncent enfin une instrumentalisation des religions. "Les Eglises ne doivent pas être considérées comme des forces politiques d'appoint, appréciées en fonction de leur utilité sociale, chargées de remplir les vides laissés par l'Etat", s'inquiète Mgr Claude Dagens, l'évêque d'Angoulême.

Sources Le Monde

Posté par Adriana Evangelizt

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