2 - Le Sionisme est partie intégrante de l'Etat français

Publié le par Adriana EVANGELIZT

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Le Sionisme est partie intégrante de l'Etat français

Par Comité Action Palestine

III-Jacques Chirac, un « philosémite pro-arabe » à l’Elysée


La politique chiraquienne à l’égard du Proche-Orient est caractérisée par des contradictions : le président français, proche des juifs français, cherche à ménager l’État d’Israël tout en essayant de promouvoir les intérêts de la France dans le monde arabe. Le passé politique de Jacques Chirac, lorsqu’il était premier ministre Valérie Giscard d’Estaing, a déjà montré la nature de ses contradictions : d’un côté il multiplie les gestes envers la communauté juive de France et de l’autre il œuvre pour la coopération militaire avec l’Irak qui aboutit à la constitution du réacteur nucléaire d’Osirak détruit par l’aviation israélienne en 1981.

En 1995, Chirac est le premier président français à reconnaître, lors d’un discours qui a reçu un grand écho en Israël, la responsabilité de l’État français dans la déportation des juifs pendant la seconde guerre mondiale. En 1996, Chirac se rend en Israël mais son voyage tournera à l’incident diplomatique après avoir été bousculé par les gardes du corps. En 2000, c’est le premier ministre Jospin qui est en voyage en Israël, voyage au cours duquel il qualifiera à plusieurs reprises le Hezbollah d’organisation terroriste ce qui lui vaudra des jets de pierres à la sortie de l’université de Bir-Zeit.

Les années 2000 sont caractérisées par des tensions entre la France et Israël notamment à cause des accusations d’antisémitisme que les dirigeants israéliens portent contre la France. En janvier 2002, le vice-ministre des affaires étrangères, Michael Melchior, déclare que la France est le « pire pays occidental » du point de vue de l’antisémitisme. En 2004, Ariel Sharon demande aux juifs français de venir s’installer en Israël à cause de l’antisémitisme. A cette époque, la politique proche-orientale a connu des revirements permanents, « en dents de scie » selon l’expression d’Elie Barnavi et Luc Rosenzweig : Arafat est soigné à Paris en octobre 2004 mais Sharon est en visite à Paris en juillet 2005 et la France, à l’instar d’Israël, se montre ferme à l’égard de Damas et Téhéran.

Commentaire du CAP

Nous sommes d’accord avec l’auteur pour dire que la politique chiraquienne à l’égard du Moyen-Orient est traversée par des contradictions, des tensions, des revirements. Marc Hecker oublie cependant de dire que sous Chirac la politique étrangère n’est qu’une pale copie de la politique gaullienne. Car les débuts de la 5ème République ont voulu marquer une rupture avec la collaboration puissante qui unissait la 4ème République avec Israël alors que les présidences chiraquiennes semblent avoir pris acte de l’héritage sioniste de la politique mitterrandienne et avoir voulu l’aménager dans un sens qui ne nuise pas trop aux intérêts de la France au Moyen-Orient.

En outre, la politique étrangère sous Chirac aurait très bien pu partir du fait qu’un mouvement social de résistance fort s’est constitué en Palestine, celui de la première intifada (1987) et de la seconde (2000), pour faire pression sur l’État sioniste, pour éviter de trop lui concéder. De ce point de vue, la situation était plus difficile, plus contraignante à l’époque de de Gaulle où les questions proche-orientales étaient essentiellement déterminées par les rapports entre les États de la région et les grandes puissances.

On voit clairement à la lecture de ces situations différentes que la référence au gaullisme n’a qu’une valeur symbolique pour Chirac, que sa pratique s’inscrit plutôt dans la continuité du mitterrandisme et de sa politique pro-israélienne.

Si on se focalise maintenant sur les citations, les personnalités ou les auteurs mis en exergue, on se rend compte que de ce côté-là aussi Marc Hecker se fourvoie. L’expression « philosémite pro-arabe » pour désigner Jacques Chirac est due à Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, connu pour son sionisme éhonté et placé par l’auteur au rang de référence intellectuelle ultime dans ce chapitre. Mais analysons l’expression en elle-même.

Que signifie être « philosémite pro-arabe » ? Que l’on aime les juifs mais qu’on défende les intérêts des arabes ! Cela n’a pas de sens ! Chirac aimerait les juifs et défendrait les intérêts des arabes. A la rigueur, il peut aimer les juifs et défendre les intérêts français en pays arabes. Et encore, car la réaction de la France lors de l’agression du Liban à l’été 2006 par l’armée israélienne a été bien molle, ne condamnant que l’ « usage disproportionné de la force ».

Or le Liban est considéré historiquement par la France comme un pays stratégique pour elle dans la région et comme un « pays ami ». En revanche, l’État français s’est montré ferme à l’égard de la Syrie et de l’Iran lorsque ceux-ci étaient soupçonnés d’ingérence dans la situation politique libanaise, comme si la France, elle, était fondée en droit à y intervenir. Et Marc Hecker continuant de se référer à Elie Barnavi, reprenant à son compte l’expression « relations en dents de scie entre les deux pays » alors que les provocations israéliennes, les chantages à l’antisémitisme, n’étaient qu’un moyen de pression sur l’État français pour obtenir de lui un approfondissement de la collaboration. Processus qui sera parachevé par l’arrivée au pouvoir de Sarkozy et l’alignement de la politique étrangère française sur la politique extérieure des États-Unis.


Partie 2 : Les modalités de la défense des intérêts de l’État d’Israël en France

Chapitre 1 : Les principaux acteurs de la défense d’Israël en France


Trois types d’institutions s’occupent de la défense des intérêts d’Israël en France: il s’agit de l’ambassade d’Israël, des associations juives et des associations laïques favorables à l’État d’Israël.

I-L’ambassade d’Israël à Paris, défenseur essentiel de la cause israélienne en France

 
Le premier élément qui explique la forte activité de l’ambassade d’Israël en France, c’est sa taille : 42 diplomates. L’ambassade d’un pays d’envergure comparable comme le Liban n’en possède que 3 et celles du Brésil 19, de l’Inde 19 et des États-Unis 21. A cela il faut ajouter quatre consulats israéliens implantés à différents endroits du territoire français. L’explication de l’importance de l’ambassade d’un petit pays comme Israël réside en premier lieu dans la densité des relations franco-israéliennes. Le deuxième facteur selon Barnéa Hassid, porte-parole de l’ambassade d’Israël, tient au fait que les fonctionnaires détachés auprès de l’ambassade obtiennent l’immunité diplomatique, ce qui grossit les chiffres de cette institution. Enfin, l’importance de la communauté juive en France et les liens puissants qui l’unissent à l’État d’Israël constituent l’ultime élément qui conditionne l’importance et la spécificité de cette ambassade.

Généralement, l’ambassade d’Israël et les organisations juives entretiennent des relations apaisées et travaillent de concert, exceptée la période où Ovadia Soffer était à la tête de l’ambassade et Théo Klein à la tête de CRIF (période 1986-1989). Des divergences politiques opposaient les deux leaders, Théo Klein étant pour la négociation avec l’OLP et la création d’un État palestinien. Aujourd’hui les positions politiques du CRIF, et ce depuis le départ de Théo Klein, sont identiques à celles de l’ambassade. Une solidarité puissante, des rapports entre « frères » selon le mot de Barnéa Hassid, unissent donc l’ambassade d’Israël aux organisations juives et plus généralement à la communauté juive, qui a tendance à considérer les diplomates israéliens en France comme ses porte-parole.

Commentaire du CAP

Les descriptions de l’importance de l’ambassade, de ses rapports avec le CRIF et la communauté juive apportent des informations utiles pour comprendre l’ampleur de la mobilisation en France pour les intérêts d’Israël. On y voit clairement que l’ambassade jouit d’une légitimité forte auprès de la population juive mais une telle adhésion au sionisme, un tel soutien apporté au système colonial israélien ne sont pas questionnés. Un tel positionnement politique en faveur de l’État d’Israël bafoue pourtant les droits les plus élémentaires à l’existence des palestiniens, c’est l’acceptation du racisme institutionnalisé et la caution donnée aux massacres et à la purification ethnique. Marc Hecker se garde bien d’aborder les problèmes qui fâchent craignant sans doute de s’attirer les foudres de la nouvelle inquisition sioniste, prête à taxer d’antisémitisme tout ce qui ne s’agenouillera pas devant Israël. Mais cette prudence qui peut se comprendre n’est pas la seule raison de l’absence d’analyse critique des faits présentés. Marc Hecker est lui-même contaminé par les conceptions sionistes, celles qui vont dans le sens de la solution illusoire à deux États, et finit par prendre comme allant de soi des faits qui méritent interrogation.

II-Le rôle des associations juives dans la défense des intérêts d’Israël en France

 
Il existe en France 3000 organisations juives qui ne mobilisent pas plus du tiers de la communauté juive estimée à 600000 personnes.

Le CRIF a été crée en 1944 avec pour vocation d’unifier les actions de sauvetage des juifs persécutés. Aujourd’hui, l’objectif central du CRIF est la promotion des intérêts d’Israël. L’article 1 des statuts de 2000 est significatif à cet égard : « le CRIF manifestera à tous moments et par les moyens appropriés les sentiments de solidarité et d’attachement de la communauté juive de France envers l’État d’Israël ». La vraie rupture a eu lieu en 1977 avec une nouvelle charte qui selon Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey fait du CRIF un « lobby d’Israël en France ».

Le CRIF regroupe aujourd’hui une soixantaine d’associations. En théorie, il a le monopole de la représentativité politique des juifs de France mais il arrive que d’autres organisations entrent en concurrence avec lui comme le Consistoire Central au moment de l’arrivée de Joseph Sitruk au poste de grand rabbin de France en 1987.

D’autres organisations interviennent aussi sur des sujets d’ordre politique : le B’nai B’rith, l’UEJF, l’UPJF, Siona, la Wizo.
Le B’nai B’rith a été crée en 1845 sur le modèle de la franc-maçonnerie. Il regroupe aujourd’hui 500.000 membres dans 57 pays dont 2.500 en France. Il est considéré comme une organisation humanitaire (statut d’ONG auprès de l’ONU) mais parmi ses missions figure clairement le soutien à l’État d’Israël.

L’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) compte 15.000 membres et « se pose en soutien réfléchi et efficace de l’État d’Israël ». La Wizo est la première organisation féminine sioniste. Elle compte 250000 membres dont 7000 en France et prend clairement des positions en faveur d’Israël. L’UPJF (Union des Patrons Juifs de France) est une organisation qui se pose en véritable « lobby pro-israélien » selon l’expression d’Emmanuel Weintraub, ancien vice-président du CRIF. Elle entretient des liens étroits avec l’AIPAC aux États-Unis. Le deuxième objectif de l’organisation est de « développer une solidarité active et une aide à Israël et à son gouvernement élu démocratiquement ». Elle compte 1.000 membres.

Toutes ces organisations ont une forte capacité de mobilisation lors des manifestations et travaillent de concert avec le CRIF.

Commentaire du CAP

Marc Hecker décrit avec clarté les grandes organisations juives en France et montre précisément à la fois leur caractère politique et leur sionisme-même si l’auteur n’aime pas utiliser ce terme-en explicitant les articles de leurs chartes respectives qui manifestent leur attachement et leur soutien à Israël. Cependant l’auteur élude la question de l’existence d’un lobby pro-israélien en France représenté par l’une de ces organisations ou par toutes ces organisations prises ensemble. Même un sioniste comme Weintraub ose affirmer par exemple que l’UPJF constitue un lobby mais Marc Hecker ne commente pas cette assertion, préfère passer outre, évitant ainsi de faire des vagues. Pourtant ses descriptions concrètes allaient dans le sens de la thèse de l’existence d’un lobby pro-israélien puisque l’on y apprend que les différentes organisations affichent les mêmes positions sionistes et qu’elles travaillent conjointement, sous la bannière du CRIF, lors de certaines mobilisations. Ce refus de poser la question du lobbying chez Marc Hecker traduit en fait la peur de considérer que la communauté juive en France a un poids politique considérable sur le système politique français. En niant cette réalité, l’auteur se trouve déchiré entre des études concrètes lucides dénonçant l’influence juive pro-israélienne et des conceptions politico-théoriques plutôt favorables au sionisme. Si les représentations théoriques constituent un obstacle à l’analyse au lieu de contribuer à la connaissance et à la compréhension du réel, alors il est clair qu’elles s’apparentent davantage à de l’idéologie qu’à une méthode de recherche.

III-L’implication d’associations et d’institutions laïques pour la défense d’Israël en France


L’Association France-Israël est l’organisation la plus active dans la défense des intérêts d’Israël. Elle est l’héritière de l’Association France-Palestine crée en 1926 et dont le but était la création d’un État juif au Proche-Orient. En 1948, l’association devient France-Israël et se donne pour objectif de renforcer les liens entre la France et Israël. Certains membres à la tête de l’association sont aussi impliqués dans des associations laïques pro-israéliennes comme Rudy Salles qui est vice-président de l’Association France-Israël, vice-président de l’assemblée nationale, président du groupe d’amitié parlementaire France-Israël, membre du bureau exécutif de l’Association des Elus Locaux et Maires Amis d’Israël (Adelmad).

Le Groupe d’amitié parlementaire France-Israël comprend 103 députés, toutes tendances politiques confondues. Selon Rudy Salles, ce groupe vise à « informer les députés français sur ce qui se passe en Israël, sur la réalité de la situation et pour qu’Israël soit toujours au cœur des préoccupations du Parlement français ». Ce groupe a son équivalent au Sénat : le Groupe d’amitié France-Israël au Sénat dirigé par Philippe Richert.

Les motivations qui expliquent l’engagement en faveur d’Israël dans le cadre de ces associations laïques ne relèvent pas d’un racisme anti-arabe comme l’ont montré les entretiens effectués. Deux types d’argument sont souvent invoqués pour justifier le soutien à Israël : cet État constitue la seule véritable démocratie dans la région (justification de Rudy Salles) ou les Juifs ont trop souffert pendant la seconde guerre mondiale (justification de Philippe Richert).

Commentaire du CAP

103 députés font partie du Groupe d’amitié France-Israël ! L’affaire est bien plus grave que la simple existence d’un lobby qui essaierait d’influencer la politique française de l’extérieur. Le sionisme est au cœur des institutions et de l’État français. Sans parler des députés qui ne sont pas dans ce groupe mais qui partagent des positions sionistes. Sans parler de l’Adelmad qui comprend plus de mille élus et dont le président n’est autre que le fameux député de Seine-Saint Denis et vice-président de l’Assemblée nationale Eric Raoult, connu pour son couvre-feu imposé aux mineurs pendant les émeutes de novembre 2005. Ou de l’Association France-Israël qui a pour président Gilles-William Goldnadel, pour président d’honneur Michel Darmon (ingénieur général du Génie Maritime) et pour vice-présidents Georges Frèche (député-maire de Montpellier), André Rossinot (ancien ministre, député-maire de Nancy), Gilbert Gantier (député de Paris), Claude Goasgen (ancien ministre, député de Paris), Paul Schaffer (industriel), Rudy Salles (vice-président de l’Assemblée Nationale, président du Groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée Nationale, député des Alpes Maritimes) et qui comprend dans ces instances dirigeantes des dizaines d’autres élus, chefs d’entreprise, scientifiques, professeurs, médecins, journalistes, etc.

Les pratiques de lobbying des organisations sionistes existent et consistent à influencer par différents moyens les décisions prises par l’État français. Mais elles ne constituent que la face émergée de l’iceberg. Car le travail en profondeur en faveur des intérêts d’Israël est organisé à l’intérieur même des cercles de pouvoir par les sionistes qui détiennent des positions-clé dans le système, au gouvernement, au parlement, dans les échelons locaux du pouvoir, au sein de l’armée, dans les partis et les associations, dans la magistrature, au sein des médias, dans les universités et les centres de recherche. L’État français est acquis au sionisme, c’est aussi l’idéologie dominante dans les classes dominantes contemporaines et même au sein de la population règne un sionisme ambiant relayé tambours battants par ces appareils idéologiques d’État qu’on appelle les medias. Car combien sont-ils ceux qui remettent en cause aujourd’hui l’existence-même de l’Etat colonial d’Israël ? L’Etat d’Israël est un État colonial et raciste, c’est sa nature profonde, l’histoire de son expansion, de ses guerres permanentes et de ses pratiques de purification ethnique le prouve abondamment. Accepter l’existence d’un État israélien à côté d’un Etat palestinien, c’est se situer encore et toujours sur les plates-bandes idéologiques du sionisme.

Chapitre 2 : Les pratiques des défenseurs des intérêts d’Israël en France

I-Rencontrer, discuter, informer


L’essentiel du travail des défenseurs de l’État d’Israël consiste à rencontrer les décideurs et à les informer sur le Proche-Orient car ils considèrent que les medias sont injustes dans le traitement réservé à Israël, voire antisémites. Certains groupes pro-israéliens veulent convaincre les journalistes d’être plus conciliants à l’égard d’Israël (grâce à des discussions, des voyages organisés en Israël). Cependant, on ne peut pas reprocher aux organisations pro-israéliennes de faire de la propagande car leur credo permanent est celui de l’objectivité.

Le travail d’information vise aussi de manière spécifique les cercles de pouvoir, de l’élu local au président de la République. L’Adelmad organise une fois par an au moins un voyage d’élus locaux en Israël. Le CRIF organise de son côté des voyages de députés. De même le diner annuel du CRIF rassemble chaque année de nombreuses personnalités politiques. Les contacts les plus nombreux du CRIF ont lieu avec les hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur et de l’Education nationale, vient ensuite le ministère des Affaires étrangères. Les défenseurs d’Israël pensent que pour influencer la politique étrangère de la France, ils doivent agir sur le président. Le Quai d’Orsay tient un rôle important dans la définition de la politique étrangère mais les défenseurs d’Israël considèrent qu’il est anti-israélien et pro-arabe.

Pour éviter que l’image des juifs ne se dégrade à cause des résonnances du conflit israélo-palestinien, les défenseurs d’Israël s’attachent à persuader l’ensemble de la population de la légitimité d’Israël. Cela passe indirectement par les contacts avec les journalistes mais aussi par les interventions directes dans les medias.

Commentaire du CAP

Marc Hecker décrit des pratiques dignes d’un lobby qui par un travail « informationnel », selon le terme aseptisé de l’auteur et en réalité plutôt un travail de pression idéologique, cherche à influencer les modes de pensée des décideurs et de la population et permettre ainsi le soutien inconditionnel de l’État français à l’État d’Israël. Mais aucune fois le terme de lobby n’est utilisé car l’auteur veut échapper à toute accusation d’antisémitisme ou même à tout débat sur la question qui pourrait avoir de près ou de loin des implications fâcheuses. Si tel est le cas, pourquoi avoir choisi ce sujet à risque ? Pour avoir eu le mérite de traiter un sujet réputé dangereux mais par une approche qui lève toute suspicion sur les dispositions prévenantes de l’auteur vis-à vis des « défenseurs de l’État d’Israël ». Et ainsi gagner sur tous les plans. Comment comprendre sinon que l’auteur semble croire sur parole que les sionistes sont objectifs et ne font pas de propagande ? A moins d’être niais, on sait très bien que les menteurs professionnels soutiendront toujours l’idée qu’ils parlent vrai. Mais on préfère penser que l’auteur fait seulement preuve d’allégeance aux maîtres d’aujourd’hui. Surtout que notre spécialiste de la question juive est doctorant au moment où il écrit et que son instinct lui fait percevoir clairement que tripoter maladroitement cette question peut lui bloquer à tout jamais sa carrière.

II-Soutenir Israël par des manifestations de masse


La première grande manifestation (environ 30.000 personnes) de masse a eu lieu le 31 mai 1967 devant l’ambassade d’Israël pour exprimer le soutien à l’État hébreu à l’approche de la guerre des Six Jours. La dernière en date (entre 50.000 et 250.000) a eu lieu début avril 2002 contre le développement de l’antisémitisme et pour la solidarité avec le peuple israélien. La venue en France de personnalités (pro)palestiniennes a aussi été l’occasion de manifestations (Arafat en mai 1989).

Un autre type de manifestation, plus régulier, est aussi organisé comme les « Douze heures pour Israël » inauguré en 1976. Ce type de mobilisation sous forme de meeting a pour objectif de resserrer les liens franco-israéliens. Dans le cadre de ces meetings, on retrouve les grandes organisations pro-israéliennes (CRIF, FSJU, Consistoire Central, Consistoire de Paris) et des personnalités importantes interviennent et s’engagent publiquement en faveur d’Israël comme F.Hollande ou D.Staruss-Kahn en 2003.

Commentaire du CAP

Quel est l’objectif de ces manifestations ? Contrairement à la plupart des manifestations, celles-ci n’ont pas de caractère contestataire, elles ne visent pas à combattre une injustice ou à remettre en cause une loi ou une mesure oppressive. Ces manifestations sont organisées en priorité pour maintenir une pression régulière sur les gouvernants et secondairement pour faire une publicité au sionisme au sein de la population française.

Cette technique de défense des intérêts d’Israël ne peut pas être mise en vis-à-vis avec d’autres types de manifestation comme celle par exemple du mouvement pro-palestinien car elles n’ont pas la même nature. Les associations pro-israéliennes veulent faire en sorte que les décisions politiques aillent toujours dans le sens du primat des intérêts israéliens alors que le mouvement pro-palestinien dénonce une situation d’oppression coloniale. C’est pourquoi l’organisation des manifestations de masse par le CRIF et consort reste une pratique qui s’intègre dans le dispositif de pression tous azimut et de lobbying, ce dispositif étant lui-même un des éléments dans le dispositif d’ensemble de contrôle du pouvoir d’État.

CONCLUSION

Les défenseurs des intérêts israéliens considèrent que la France a pris un virage pro-arabe et qu’il est nécessaire d’agir pour rééquilibrer cette politique. Les modes d’action sont l’information et la discussion, publiques ou informelles, avec les décideurs et les faiseurs d’opinion et l’organisation des manifestations de masse.

Il n’est cependant pas possible de parler de lobby pro-israélien pour plusieurs raisons. D’une part, il y a un danger d’amalgame entre lobby israélien et lobby juif. D’autre part, il y a une absence de coordination entre les différentes organisations, tant au niveau des buts que des moyens d’action. Enfin, les défenseurs de l’ État d’Israël ne sont pas des professionnels, ils n’exercent pas ce travail à temps plein.

Aujourd’hui, la France ne tient plus la place importante dans le monde qu’elle a eu par le passé, et l’enjeu s’est sans doute déplacé au niveau de l’Europe. Telle est la perspective de travail que doivent mener les organisations pro-israéliennes.

Commentaire du CAP

En conclusion, Marc Hecker pose enfin le problème de l’existence du lobby pro-israélien pour répondre par la négative. Il avoue à demi-mot sa crainte d’aborder le sujet lorsqu’il affirme qu’il faut rejeter cette notion de lobby israélien car il y a un risque d’amalgame avec celle de lobby juif.

Alors il est légitime de demander à l’auteur si le chercheur peut renoncer à certaines catégories, certaines analyses, de peur que certains manipulateurs fassent des amalgames et s’adonnent à la calomnie contre ledit-chercheur. L’absence de coordination entre les associations pro-israéliennes est loin d’être une proposition certaine, car à plusieurs reprises elles ont travaillé de concert pour mobiliser.

Ce qui est sûr, c’est qu’elles ont des intérêts convergents, un objectif commun, des lignes politiques identiques-la défense des intérêts d’Israël-et qu’en ce sens elles constituent un réseau puissant qui influence de manière décisive les gouvernants. Quant à l’absence de professionnalité, elle fait du lobby pro-israélien en France quelque chose de moins formel que le lobby juif aux États-Unis. Mais cela n’enlève rien à son caractère de lobby, de groupe de pression sur le pouvoir.

Le diner annuel du CRIF est parlant à cet égard, au cours duquel le président de cette organisation dresse les grandes lignes à suivre de la politique étrangère française devant des dirigeants français qui semblent boire ces paroles. Marc Hecker a peur de prononcer le mot lobby mais la « sionisation » de l’État français est un problème bien plus grave et une question bien plus importante.

Historiquement, c’est la gauche qui a rendu possible les réalisations les plus significatives du sionisme dans sa stratégie de contrôle du pouvoir politique : la SFIO sous la 4ème République et le PS sous la 5ème République. Mais la grande nouveauté de ces dernières années, c’est la conversion massive de la droite au sionisme.

L’arrivée de Sarkozy et de ses acolytes au pouvoir est à la fois le symbole et le résultat de ce processus métastatique de « sionisation » de l’État français.

Marc Hecker dresse finalement la perspective que doivent suivre les associations pro-israéliennes, l’action au niveau européen.

Marc Hecker avouerait-il qu’il travaille de concert avec les défenseurs de l’État d’Israël ?


Source : Comité Action Palestine

Sources Mecanopolis

posté par Adriana Evangelizt

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