Des humanitaires dénoncent "une vision coloniale" de l'Afrique

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Des humanitaires dénoncent "une vision coloniale" de l'Afrique

Des humanitaires, des universitaires et un ancien responsable politique africain ont dénoncé mercredi soir lors d'un débat la "vision coloniale de l'Afrique" et le "dangereux sentiment de toute puissance" qui ont, selon eux, conduit aux dérives de l'Arche de Zoé.

Pour Michel Levallois, des ONG Enda Tiers Monde et coordination pour l'Afrique de demain, "l'affaire de l'Arche de Zoé est l'avatar d'un comportement colonial".

"Ce problème est emblématique des représentations que nous avons ici, en Europe, de l'Afrique qui véhiculent un dangereux sentiment de toute puissance", a-t-il ajouté lors du débat organisé par Médecins du Monde (MDM) sur le thème l'Arche de Zoé "dérive unique ou produit d'un système?", avant l'ouverture vendredi du procès de membres de l'Arche au Tchad.

"La vision de l'Arche de Zoé est qu'il y a un continent perdu, à part, hors jeu de la mondialisation, l'Afrique, qu'il faut aller sauver de l'extérieur", a résumé Jean-Paul Ngoupandé, ex-Premier ministre de République centrafricaine. "Ca fait quand même quatre siècles que l'on nous tient ce discours là, ça fait beaucoup". Cette conception alimente, selon lui, en Afrique noire "un courant anti-blanc de plus en plus net, non seulement chez les dirigeants mais aussi au sein des populations".

L'affaire de l'Arche a "réactivé le mythe des Blancs voleurs d'enfants dans tout le Tchad mais aussi au delà", a souligné le politologue Michel Galy, et doit conduire les ONG à "réfléchir et changer leurs pratiques".

Rony Brauman, ancien président et fondateur de Médecins sans frontières, a de son côté dénoncé le "délire" auquel conduit selon lui la "vision victimaire" de tout conflit, parlant de "démesure de la bonté" dans le cas de l'Arche de Zoé comme de la guerre en Irak.

M. Brauman a par ailleurs rappelé que l'affaire de l'Arche de Zoé concernait des enfants pris à des familles pauvres tchadiennes et présentés par l'ONG comme des orphelins du Darfour devant être "accueillis" ou "adoptés" en France, et critiqué la "frénésie adoptante" occidentale.

"Il y a un problème d'enfants aujourd'hui partout en Afrique", a souligné pour sa part M. Ngoupandé. "La réponse n'est pas d'aller chercher les gosses qui trainent pour les amener ailleurs, mais de se battre pour apporter des réponses locales, africaines".

L'ancien président de MSF a également estimé que les prises de position et campagnes d'Urgence Darfour et des ténors qui l'ont soutenu, notamment Bernard Kouchner et Bernard Henri Lévy, "ont projeté une image de la crise du Darfour qui n'avait rien à voir avec la réalité". "C'est dans l'écart entre les deux que l'Arche de Zoé s'est déployée", a-t-il accusé.

Si l'affaire a globalement "décrédibilisé la prise de parole" des humanitaires, selon Pierre Micheletti, président de MDM, "ce coup de tonnerre" permettra au moins aux ONG de "s'interroger sur leurs pratiques".

Pourtant, selon Marc Garmirian, reporter de l'agence Capa, qui a accompagné l'Arche au Tchad, les membres de l'ONG mise en cause "seraient prêts à refaire la même chose mais en prenant plus de temps".

 

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