Nicolas Sarkozy et Yvan Colonna : une histoire personnelle
par Tristan Lisabelle
Maman s’accroche aux branches avec un indéniable talent. Pas besoin je crois de revenir sur sa prestation d’avant-hier. Ou juste une question peut-être, aux 10,6 millions de téléspectateurs du pic d’audience : vous a-t-elle paru si bête que ça ?
C’est d’une autre émission que je veux parler, diffusée il y a de cela quelques années, un samedi soir, tard, sur TF1. Arrestation d’Yvan Colonna. Du nanan pour la chaîne à Martin !
Plages de rêves, surhommes cagoulés, chèvres et sangliers, caméras infra rouge, un bleu tout frénétique encore d’avoir arrêté l’indépendantiste fromager, plans de dix minutes sur ses Rangers en pleine course, probablement tournés en forêt de Fontainebleau... Enfin, les journalistes de TF1 ne multipliant pas le mou autant que Jésus les petits pains, 15 minutes à la gloire du RAID, simple remontage d’images probablement fournies par la police : explosions de bus, Neuilly, prises de judo, coup de tatane dans la gueule, une main qui vole, défonçage de portes à grands renforts de gueulements, sauvetage d’un Président imaginaire au stade de France... Le documentaire sur tout, à partir de rien. TF1.
Enfin tout de même, il y avait une particularité ce soir-là : la présence en guest du petit Nicolas, puisqu’aussi bien c’était le locataire de la place Beauveau au moment de l’arrestation. Qui se souvient d’ailleurs ? La Star Academy est passée par là-dessus, et puis Brad Pitt et Angelina Jolie, et la coupe de cheveux à Britney. Enfin, pour mémoire, à l’époque, le ministre-candidat avait provoqué une petite émotion quand même, en envoyant promener d’une seule phrase la présomption d’innocence et le principe de la séparation des pouvoirs : "Nous venons d’arrêter l’assassin du préfet Erignac".
A vrai dire, quelques mois après, on commençait déjà à oublier, ou alors, tout simplement on s’en foutait. TF1 nous montrait des plans de Nicolas apprenant la nouvelle avant son discours. Et puis la phrase. Et puis rien : pas de commentaire, pas de juge qui disait "Pouce... !". Ce soir-là, c’était prime aux hommes d’action, aux hommes forts, pas aux peine-à-jouir qui s’entortillent dans la loi. Et au petit jeu de "c’est moi qu’ai la plus grosse", Nicolas n’entendait pas laisser la vedette aux seuls superflics du RAID.
Le petit homme parlait dans un salon Second Empire, selon une tradition républicaine désormais bien établie. Sur le fauteuil, il avait une pose de sportif narcissique après l’effort : détendu apparemment, mais soucieux de mettre en valeur le jeu de sa musculature. Souriant, jambes croisées, et en dedans une violence invraisemblable qui affleurait dans ses rictus, dans cette manière bien à lui notamment de regarder à la fois par au-dessus et par en-dessous, ses paupières ramenées sous ses sourcils. On aurait dit le Joker.
Nicolas Sarkozy disait qu’Yvan Colonna était un lâche. Il répétait sans cesse qu’il avait fait de sa capture « une affaire personnelle ». Nous étions invités à comprendre que derrière l’enquête, la filature, l’arrestation, ce qui se jouait en réalité c’était une confrontation entre deux hommes, un combat viril. L’exercice de l’autorité de l’Etat n’était plus désincarné. Ses vecteurs étaient les nerfs, les affects et les muscles du Ministre de l’Intérieur lui-même. La police était directement branchée dessus. Je n’en menais pas large sur mon canapé.
La vérité n’est toujours pas connue au sujet d’Yvan Colonna. Il ne cesse de clamer son innocence. Un autre indépendantiste a dit être l’auteur du crime. La Ligue des Droits de l’Homme suit l’affaire. Gageons que Nicolas Sarkozy s’en tamponne de ces gugusses qui se soucient encore des principes démocratiques, qu’il saura les renvoyer à leurs chères études, comme il l’avait fait lorsqu’ils avaient émis des réserves, l’année dernière, sur les agissements de sa police. De toute façon, les journalistes s’en foutent aussi. Les intellectuels n’en parlent pas. Les bourdes supposées de Ségolène sont infiniment plus intéressantes.
Et nous ? Aimons-nous encore notre démocratie ? En comprenons-nous encore les principes ? Sommes-nous prêts à les défendre ? Ou avons-nous fini par les trouver plus encombrants qu’autre chose, infiniment moins excitants en tout cas que les vendettas sarkoziennes ? Au point que, pour peu qu’il nous laisse croire que nous n’en savions rien, nous le laisserions volontiers les mettre à bas.
Il est grand temps de dire qu’on entend des bruits de bottes !
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Sources Betapolitique
Posté par Adriana Evangelizt

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