Une étrange affaire

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Une étrange affaire

 

par Bernard Langlois

 

Quelle drôle d’idée que cette plainte du président bling-bling contre Le Nouvel Observateur, et qui donc a bien pu la lui souffler ? Sans elle, cette histoire de SMS aurait circulé le temps d’une rumeur, bientôt chassée par une autre, en cette époque qui en produit à foison. Mais dès lors que la justice en est saisie, et à la vitesse où celle-ci se meut, on en a bien pour trois ou quatre ans à entendre parler du message prêté à Nicolas (« Si tu reviens, j’annule tout ! ») à destination de son ex ! Sauf à ce que l’affaire soit vite enterrée, d’un commun accord des parties, la plainte (pour faux) hautement claironnée ayant rempli son office : laver l’honneur bafoué de la nouvelle épouse ; comme on arrêtait les duels, jadis, au premier sang.

Reste que voilà tout de même une bien étrange affaire.

Sans prêter au Nouvel Obs’ plus de vertus qu’il n’en a, l’hebdo de la gauche caviar n’est tout de même pas spécialiste de l’info-jus de bidet (encore que, depuis les fesses du Castor en couverture...) ! Quant à Airy Routier, par qui le scandale arrive, on doute que ce briscard des enquêtes sensibles sur le petit monde des patrons et de l’entreprise se soit embarqué sans biscuits...

D’où ces conjectures, où, comme il se doit, on se perd : accrochez-vous !

­ Et d’une : si le SMS a bien existé, et sauf à imaginer une fuite d’origine policière suite à une mise sous contrôle du portable de Cécilia (mais, dans ce cas, Sarkozy pouvait-il l’ignorer, et s’il le savait, aurait-il rédigé un tel message ? Et, s’il l’ignorait, serait-ce que le ministère de l’Intérieur espionne son entourage à l’insu du chef de l’État ? Ouaf ! Vertigineux...), si donc le poulet (le message, pas la flicaille) est bien réel, seule l’intéressée ou son très proche entourage peut l’avoir communiqué au confrère. Et qui trouve-t-on dans le très proche entourage de Cécilia qui soit aussi sans nul doute une vieille connaissance dudit confrère ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Rappelez-moi donc le nom de ce publicitaire, organisateur (entre autres) du grand raout annuel de Davos... Richard quequ’chose. L’ex (et éphémère) « première dame » aurait-elle choisi ce moyen ­ la divulgation d’un message bien réel de son ex-mari ­ pour se venger des avanies qu’il lui fit subir, dont la dernière : ce remariage hâtif avec cette gourgandine pétée de thunes, dont Chirac aurait dit qu’« elle a des frelons dans la culotte » (toujours gaillard notre Jacquot !), cette usurpatrice italienne qui pousse le vice jusqu’à lui ressembler, avec dix ans de moins ?

­ De deux : ce message est un faux, comme le prétend l’Élysée, Routier et son canard se sont fait enfumer, c’est le travail d’une officine voulant nuire au Prince (du genre de celles qui fabriquaient des photos truquées de Mme Pompidou lors de l’affaire Markovic) ; sauf que ce genre de manoeuvres douteuses a plutôt cours lors d’échéances électorales nationales, pas pour de simples municipales, et qu’on ne voit pas bien l’intérêt de chercher à ridiculiser Sarko, celui-ci s’en chargeant fort bien tout seul, non ?

­ Et de trois : l’hypothèse la plus vicieuse ! C’est bien un faux, mais c’est Sarkozy lui-même (son entourage) qui est à la manoeuvre... L’écroulement de sa cote dans les sondages et le revirement (relatif, mais net) de la grande presse qui le prend en compte et l’amplifie appelle une contre-attaque. On va s’y prendre comme au judo : accentuer le mouvement de l’adversaire, en rajouter dans les révélations aussi intimes que ridicules pour provoquer une réaction d’écoeurement du public. Les braves gens se diront : « trop, c’est trop ! », et ils rendront leur affection à ce pauvre président injustement traîné dans la boue par une presse immonde. Pour que le coup marche à plein, il convenait de prendre pour vecteur un journal encore considéré comme sérieux et indépendant du pouvoir : L’Obs était le véhicule idéal, et Routier a mordu à l’hameçon.

On peut chercher, et trouver, d’autres explications plausibles. L’intérêt étant (outre le débat déontologique : fallait-il publier ou pas, jusqu’où peut-on aller, etc. Débat qui traverse la profession et divise la rédaction de L’Obs’ elle-même) d’en mesurer les résultats.

RENVERSER LA VAPEUR

Il est encore un peu tôt. Mais on constate que le dépôt de plainte (une grande première !) contre notre confrère s’accompagne d’une campagne soigneusement orchestrée qui voit groupies, féaux, obligés, courtisans de tous poils rivaliser dans l’indignation : la palme revenant à la délicieuse Rama Yade, qui manie le pavé de l’ours avec beaucoup de grâce... Voyons, belle enfant, vous devriez savoir que les charognards ne s’attaquent, par définition, qu’à la charogne !

Il s’accompagne aussi d’un changement d’attitude spectaculaire du président lui-même, qui tente de se plier au rôle qu’on attend de lui : un chef d’État à l’écoute (visites sur le terrain), digne et propre sur lui (discours télévisé impromptu sur le traité de Lisbonne, aussi mensonger et banal que solennel). Il se fait violence, ne pouvant complètement se refaire : allusions à son privé (le « voyage de noces » à Gandrange) ou attirance pour ce qui brille (le stylo de Bucarest).

Mais manifestement Sarkozy a compris ­ on lui a fait comprendre ­ que, plus encore que sa politique, c’est son train et son style de vie qui faisaient problème, et qu’il était temps de renverser la vapeur.

LE STYLE FILLON

Je sais qu’il est des lecteurs, à gauche, qui ne sont pas convaincus et jugent vain l’intérêt qu’on porte à ces choses superficielles : comme s’il n’y avait pas d’autres urgences que le comportement du Président et les intrigues de la Cour. Parlons politique, économie, social !

On répondra que d’autres le font assez en détail dans ces colonnes ; et que s’il plaît au chroniqueur de « fustiger les moeurs en riant », il serait bien cruel (et inutile !) de lui en faire reproche. D’autant que c’est bel et bien cet aspect des choses qui provoque le rejet, brutal et spectaculaire, des électeurs de Nicolas de Neuilly-Bocsa hier encore énamourés : son style, plus que sa politique. La preuve : le Premier ministre reste populaire (ce qui ne tardera pas à lui poser problème !), alors qu’on ne sache pas qu’il défende une autre politique que le Président. On peut même dire de François Fillon qu’il est encore plus nettement libéral et conservateur que Sarkozy, moins enclin à lâcher du lest que son... collaborateur de l’Élysée (lequel, soit dit en passant, lâche aussi ses plus proches serviteurs, tel le petit Martinon, poignardé dans le dos dans une banlieue peu sûre par un voyou de drugstore, un homonyme du patron, sans blague...).

Mais voilà : le style classique genre british (influence de l’épouse galloise ­ qui s’appelle Pénélope, en plus, si c’est pas de la provoc’...), mâtiné rillettes (du Mans), le calme de notaire et l’assurance de notable, la componction enfin de l’hôte de Matignon correspondent mieux à l’idée qu’on se fait d’un responsable politique ; celui-là, au moins ­ disent les bonnes gens ­, n’est pas là pour s’en foutre plein les poches et s’envoyer en l’air avec des créatures.

SMALL IS BEAUTIFUL...

Plusieurs petits livres atterrissent dans ma boîte aux lettres, qui valent d’être signalés, et qui appartiennent à des collections vraiment de poche (c’est-à-dire qui ne les déforment pas, vos poches) et de petits prix.

Dans l’ordre d’entrée en scène :

­ La librairie L’Altiplano  [1], qui publie une collection de mini-bouquins, sérieux et soignés, des rééditions d’essais politiques classiques, comme Travail salarié et capital, de Karl Marx, ou le Droit à la paresse, de son gendre Paul Lafargue [2]). ; ou, un peu plus grands (de taille) et d’auteurs contemporains cette fois, toujours politiques, sérieux et bien présentés : Travail mode d’emploi, de Géraldine Sivade (le témoignage, alerte, de la chercheuse d’emploi, intellectuelle précaire en galère, comme tant d’autres), ou encore Mort à la démocratie, de Léon de Mattis (il a cru à la politique, il a même « candidaté » pour un grand parti, il s’est juré qu’on ne l’y reprendrait plus : d’actualité !) [3].

­ Filaplomb  [4], une nouvelle maison d’édition, artisanale et sympathique, qui se lance, elle, dans la publication de nouvelles littéraires, présentées en textes autonomes plutôt qu’en recueils, « les désirant mobiles, voire portables, m’écrit leur concepteur, en espérant que s’invente ainsi un nouvel usage de textes brefs ». À vous de juger : six nouvelles déjà parues, dont la dernière, Sujitha, est de Claudine Tissier, déjà bien connue sous son nom de blogueuse, Céleste. Sensibilité, générosité et talent à revendre [5].

Et puisqu’on parle de blog, où le travail bénévole de la plupart des pratiquants est souvent synonyme de précarité, allez donc faire visite à notre ami Olivier Bonnet, l’auteur pugnace de Plume de presse. Il a besoin d’un coup de main [6].

Notes

[1] 99-103, rue de Sèvres, 75280 Paris Cedex 06, www.laltiplano.com.

[2] Collection Flash-back. Respectivement 6 euros (Marx) et 5 euros (Lafargue

[3] Collection Agit’prop, 7 euros chacun.

[4] 30, rue de Cugnaux, 31300 Toulouse, filaplomb@wanadoo.fr. Chaque nouvelle : 4,20 euros, port inclus.

[5] www.celestissima.org.

[6] http://olivierbonnet.canalblog.com.)

Sources Politis

Posté par Adriana Evangelizt

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