La bombe

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Après, Sarkozy viendra nous dire qu'il ne contrôle pas les médias.

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La bombe

par MARIE-LOUISE ARSENAULT

Rebelote, l’année commence avec un autre gros scandale, dans le monde des médias français, avec la parution de Madame, Monsieur, bonsoir... Les dessous du premier journal télévisé de France, un brûlot, publié aux éditions Panama, où cinq journalistes de la chaîne privée TF1, dénoncent (sous le couvert de l’anonymat) les politiques de travail et les jeux de pouvoir qui ont cours en coulisses du journal télévisé. Dans ce livre, que le Tout-Paris s’arrache en ce moment, les révélations sont accablantes: l’attitude de Patrick Poivre d’Arvor, (le présentateur-vedette de la chaîne), qualifié de paresseux et de tyrannique, l’ambiance de travail exécrable et les collusions entre la direction de TF1 et Nicolas Sarkozy, qui ne se gênait pas, même avant d’être élu président de la France (peut-on lire dans un article du Nouvel Observateur, qui résume le livre), pour appeler lui-même la direction de la chaîne et critiquer la diffusion d’un reportage.

Or, cette dernière révélation, sûrement la plus sulfureuse du livre, n’est pas très étonnante. Pour être autant fasciné par la fabrication de sa propre image, comme l’est indéniablement Sarkozy, il ne faut surtout pas hésiter à entretenir des liens très serrés avec l’ensemble des pouvoirs médiatiques, et pas seulement avec ceux de la presse people. Quoi de mieux en somme, pour un homme aussi avide de contrôle, que d’utiliser sans vergogne la télévision pour servir ses propres desseins politiques. Évidemment, il fallait s’y attendre, TF1, fortement embarrassée par les révélations chocs de ses employés, a annoncé la semaine dernière qu’elle procéderait à une enquête interne, pour trouver l’identité des cinq journalistes à la langue bien pendue. Une histoire à suivre donc, car il serait étonnant que les patrons de la puissante chaîne française réussissent à étouffer complètement l’affaire.

Vive la France ! Un pays où, brasser la cage est un sport national. Pendant ce temps, au Québec, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas très commun de trouver des ouvrages ou même des articles qui dénoncent le fonctionnement interne des diffuseurs publics ou privés. Pourtant, lorsque les portes sont bien verrouillées, beaucoup de collègues ont toutes sortes d’histoires à raconter sur des événements, embauches ou décisions discutables, dont ils ont été témoins au cours de leur carrière. Mais voilà, ici, les effectifs sont concentrés dans un espace minuscule, le milieu des médias est carrément incestueux et l’omertà, un peu comme chez les mafieux, est une chose incontournable. Dommage.

Sources Canoë

Posté par Adriana Evangelizt

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