Sarkozy : Les élèves seront "jumelés" avec des victimes des Nazis

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Sarkozy : Les élèves seront "jumelés" avec des victimes des Nazis


Par John Lichfield, à Paris


The Independent, samedi 16 février 2008


article original : "Sarkozy: Pupils will be 'twinned' with Nazi victims"

 

Le Président Nicolas Sarkozy a provoqué une controverse en ordonnant que tous les enfants de 10 ans en France connaissent le nom et l'histoire d'un Français juif qui est mort dans l'Holocauste.

Sa proposition, selon laquelle les enfants des écoles primaires devraient, en fait, être "jumelés" avec des petites victimes du génocide nazi, a généré une cacophonie de protestations, mais aussi de louanges.

La plupart des syndicats d'enseignants ont condamné cette proposition comme étant irréfléchie et risquant de placer un fardeau émotionnel et psychologique trop grand sur les jeunes. Quelques dirigeants et écrivains juifs craignent même que cette idée soit "exceptionnellement morbide" et qu'elle puisse provoquer une réaction violente antisémite. Des députés se sont plaint de ce que M. Sarkozy essaye de micro-gérer le programme scolaire national et d'imposer une approche trop émotive à l'enseignement de l'Histoire. Toutefois, la plupart des organisations juives ont favorablement accueilli cette idée, de même que quelques-uns des opposants de gauche de premier plan du Président, dont sa principale rivale de l'élection de l'année dernière, Ségolène Royal.

Dans un discours prononcé devant la principale organisation juive de France [le CRIF], M. Sarkozy a déclaré qu'à partir de l'année prochaine, chaque élève en dernière année d'école primaire [CM2] se verrait "confier la mémoire" de l'un des 11.000 enfants juifs français qui ont été assassinés dans les camps de concentration nazis. "[Les enfants de 10 et 11 ans] devront apprendre le nom et l'histoire d'un enfant qui est mort dans la Shoah", a-t-il déclaré. "Rien n'est plus émouvant pour les enfants que de lire l'histoire d'un enfant de leur âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espoirs qu'eux.

"C'est une manière de combattre tous les racismes, toutes les discriminations, toutes les barbaries, en touchant les enfants à travers l'histoire d'enfants de leur âge".

Son idée sera développée et mise en application par Hélène Waysbord-Loing, une experte en éducation qui est aussi la présidente d'un mémorial à Lyon d'un groupe d'enfants juifs qui ont été rassemblés en 1944 et assassinés à Auschwitz. Elle fournira aux professeurs les biographies de quelques-unes des victimes juives françaises des Nazis - sans s'attarder sur la manière dont elles sont mortes.

Les syndicats d'enseignants ont dit que ce plan était "choquant" et potentiellement dommageable pour les jeunes sur le plan psychologique.

Esther Benbassa, une historienne juive française, a dit que l'Histoire ne devrait pas être personnalisée. "L'émotion est éphémère. On ne devrait pas se servir de l'émotion comme outil d'enseignement. Il y a quelque chose d'exceptionnellement morbide dans cette idée". L'écrivain et philosophe Pascal Bruckner a déclaré qu'il était mauvais de mélanger l'Histoire et la commémoration. Il a fait remarquer que les jeunes Français étaient déjà "gavés" d'Holocauste et que cela n'avait pas empêché une montée de l'antisémitisme. Il a ajouté que l'idée de M. Sarkozy encouragerait d'autres groupes ethniques, comme les Noirs et les Arabes, à essayer de prouver qu'ils ont aussi été victimes de la barbarie humaine et de l'injustice.

Marie-Odile Rucine, pédiatre, a dit que ce plan était dangereux parce que les enfants pré-adolescents étaient incapables de prendre du recul vis-à-vis d'événements aussi sombres.

Le Président Sarkozy a l'habitude de sortir de son chapeau des idées surprenantes. Sa dernière tentative d'imposer une approche émotive dans l'enseignement de l'Histoire s'est salement retournée contre lui. Il avait ordonné que tous les professeurs des écoles secondaires [les collèges] lisent la lettre d'adieu d'un jeune héros de la résistance [Guy Môquet] écrites quelques heures avant son exécution. Un grand nombre d'enseignants avaient refusé.

Traduction [JFG-QuestionsCritiques]

Sources Questions Critiques

Posté par Adriana Evangelizt

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