Malgré son mariage...

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Malgré son mariage...

par Christian Rioux

Paris -- Un mariage discret avec l'ex-mannequin Carla Bruni dans l'intimité du palais de l'Élysée. Quelques rares photos d'une promenade dans un parc. Que s'est-il passé pour que le président français fasse soudain preuve d'une telle discrétion sur sa vie privée? Celui qui avait mis en scène sa réconciliation avec Cécilia Sarkozy et qui a posé devant les pyramides avec sa nouvelle flamme serait-il tout à coup atteint d'un accès de modestie?

C'est ce qu'on pourrait croire si on ne savait pas qu'entre les pyramides et son mariage, samedi dernier, Nicolas Sarkozy a connu une chute abrupte dans les sondages. Réalisé avant et après l'annonce du mariage présidentiel, le dernier sondage LH2-Libération vient en effet de confirmer une baisse de 13 points. Seulement quatre Français sur dix ont aujourd'hui une opinion favorable du chef de l'État. Il s'agit d'un effondrement d'une «rare ampleur», disent les sondeurs, comme seul Jacques Chirac en avait connu un, en février 1996. Élu pour combler la «fracture sociale», le président Chirac avait alors annoncé une politique de rigueur qui avait suscité un sentiment de trahison chez les Français.

La faute à la pipolisation

Que s'est-il passé pour que la popularité exceptionnelle des six premiers mois de la présidence de Nicolas Sarkozy subisse le même sort? La plupart des analystes incriminent justement la surexploitation de la vie privée du président, ce qu'en France on nomme la «pipolisation». C'est ce que disent 31% des Français qui estiment que le mariage de Nicolas Sarkozy avec la chanteuse Carla Bruni a terni son image. «La France aime bien Johnny [Hallyday], mais elle n'a pas élu un rocker à la tête de l'État», résume l'éditorialiste Jacques Julliard dans la dernière édition du Nouvel Observateur.

Depuis décembre, toute l'actualité française a été littéralement phagocytée par la vie amoureuse du président, savamment mise en scène par les conseillers en communication de l'Élysée. Deux mois à peine après le feuilleton de son divorce, la population avait été conviée à découvrir sa nouvelle flamme lors d'une sortie à Disneyland. Elle a ensuite été invitée à se passionner pour le voyage du couple en Égypte. Le président a lui-même attisé les conjectures en annonçant en conférence de presse que Carla et lui, «c'est du sérieux».

Malheureusement, notent les observateurs, cette mise en scène de l'idylle d'un président en Ray Ban et d'une vedette du showbiz à la réputation sulfureuse survenait au début d'une période d'incertitude économique. Pendant que, partout dans le monde, les chefs d'État et de gouvernement s'affairaient à rassurer leur population et à prendre des mesures de soutien de l'économie, les Français voyaient leur président sur les écrans en train de filer le parfait amour avec sa dulcinée dans des hôtels somptueux.

Et l'économie?

Mais il ne s'agit probablement pas que d'une question d'image. De l'avis de la presse française, la première conférence de presse du président, début janvier, a été un échec. Ceux qui attendaient un plan économique précis afin de limiter les conséquences d'un ralentissement économique n'ont eu droit qu'à une vague «politique de civilisation» dont personne n'a encore vraiment saisi le contenu. La seule allusion à l'économie a été cette déclaration dans laquelle le président constatait que «les caisses sont vides».

Pendant que le président américain annonçait des mesures de plusieurs milliards de dollars pour éviter une récession, l'annonce la plus discutée de Nicolas Sarkozy depuis un mois a été celle de l'élimination de la publicité à la télévision publique. Cette mesure est probablement louable, mais les observateurs se demandent toujours à quel ordre de priorités elle peut bien correspondre en ces temps d'incertitude économique.

La mise en scène de sa vie privée avait pourtant toujours bien servi l'ancien ministre de l'Intérieur et le candidat à la présidence. Huit mois seulement après son élection, elle semble pourtant s'être retournée contre lui. 76 % des Français disent ne pas avoir apprécié la surexposition de la vie privée de leur président. Ils sont presque aussi nombreux (75 %) à exprimer un sentiment de défiance à son endroit en ce qui concerne «la situation économique» en général. Lorsqu'il est question du pouvoir d'achat, l'insatisfaction grimpe à 84 %.

Une analyse fine des sondages montre que la chute touche particulièrement les électeurs de gauche qui s'étaient ralliés à Nicolas Sarkozy. Mais elle est aussi très prononcée chez les personnes âgées et les retraités. Cette dernière clientèle conservatrice est probablement celle qui a le moins apprécié la désinvolture d'un président qui se remarie deux mois seulement après son divorce et qui consulte ses textos pendant une audience avec le pape. C'est aussi celle qui souffre le plus du retour de l'inflation compte tenu de ses maigres pensions, que le premier ministre François Fillon vient tout à coup de hausser de 25 %.

En pratique, le seul discours économique un tant soit peu cohérent entendu depuis des semaines a été celui de Jacques Attali. L'ancien conseiller de François Mitterrand a présenté au président une liste de 300 réformes économiques à réaliser afin de «libérer» la croissance, dit-il. Sauf que les propositions de cet intellectuel échevelé, qui suggère notamment d'ouvrir les frontières à l'immigration, ont eu le don d'irriter la droite plus que la gauche. Les maires UMP, qui voient venir les élections municipales avec inquiétude, ont eu vite fait de se dissocier du rapport. Les propositions de Jacques Attali s'attaquent en particulier aux chasses gardées de nombreux métiers et professions protégés comme les notaires et les coiffeurs. Les chauffeurs de taxi, eux aussi visés par le rapport, n'ont eu qu'à bloquer la capitale à deux reprises pour obtenir la mise au rancart des propositions.

Remiser ses Ray Ban

Depuis peu, le président a donc remisé ses Ray Ban pour tenter de reconquérir le terrain perdu. Il y a deux semaines, il a promis aux pêcheurs de «sortir» de la politique des quotas de pêche, une déclaration qui a beaucoup embarrassé Bruxelles puisque personne en Europe n'envisage la fin des quotas qui permettent de protéger les espèces. Le ministre français de l'Agriculture et de la Pêche, Michel Barnier, a dû expliquer qu'il s'agissait en fait de réorganiser les quotas pour qu'ils tiennent mieux compte de la réalité des pêcheurs.

Lundi, le président a enfilé la tenue du syndicaliste et affirmé devant les ouvriers de l'aciérie d'Arcelor Mittal, en Moselle, que l'État allait «investir» pour moderniser leur usine afin d'éviter sa fermeture. Les experts évaluent à 30 millions d'euros (45 millions de dollars) la somme nécessaire pour sauver 600 emplois. Personne ne sait d'où l'État sortira ces fonds alors que le premier ministre François Fillon affirme que la France est «en faillite».

L'élection d'une candidate socialiste lundi dernier lors d'une élection partielle à Chartres a confirmé la volonté de l'électorat de sanctionner le président pour ses frasques autant que pour son absence de politique économique. En mars, lors des élections municipales, le nouveau président pourrait essuyer des pertes encore plus substantielles.

Pour la première fois avec 57 % (+ 5 %) d'opinions positives, la popularité du premier ministre François Fillon devance celle du président de la République. Et pourtant, on ne sait à peu près rien de la vie privée du premier ministre, qui est la discrétion même sur ces questions.

Un texto

Ceux qui croient cependant que le feuilleton du couple présidentiel est terminé risquent d'être déçus. Le Nouvel Observateur annonçait cette semaine que, huit jours avant son mariage, Nicolas Sarkozy aurait envoyé à son ex-épouse Cécilia un texto disant: «Si tu reviens, j'annule tout.» Hier, le président a décidé de poursuivre le magazine devant les tribunaux. Il semble que ce soit la première fois qu'un président en exercice dépose une plainte contre un organe de presse. Quelques jours plus tôt, Nicolas Sarkozy avait fait condamner la compagnie Ryanair pour avoir utilisé une photo du couple présidentiel dans sa publicité.

On a encore appris que la nouvelle dame de France n'entendait pas mettre fin à sa carrière de chanteuse populaire. Elle doit bientôt enregistrer un disque qui sortira à l'automne. Son producteur n'a d'ailleurs pas caché son embarras en se demandant publiquement comment il allait organiser la promotion du premier disque jamais enregistré par l'épouse d'un président.

Correspondant du Devoir à Paris

Sources Le Devoir

Posté par Adriana Evangelizt

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